dimanche 26 juin 2011

La face cachée du Paradis (1)


La Tora est remplie de conflits entre des personnages qui personnalisent le bien et le mal. Bien que notre sympathie ait tendance à se diriger vers celui qui se range du côté des « bons », ce personnage n'est pas toujours le point central de l'histoire. Prenons comme exemple le récit de Caïn et Abel. L'histoire ne parle pas beaucoup d'Abel. Nous ne savons presque rien à son sujet : il est tué et il disparaît. Que vous le vouliez ou non, cette histoire est celle de Caïn. 

Qu'est-ce qui l'a incité à commettre un meurtre ? À quoi res­semblait son monde intérieur ? Qu'a voulu lui dire D-ieu juste avant qu'il ne tue son frère ? Et n'a-t-il jamais vraiment réussi à être pardonné ?

Qui sont les personnages principaux de l'histoire du Fruit Défendu du Jardin d'Éden ? Notre première impulsion serait de désigner Adam et Ève. Mais l'histoire met peut-être aussi en scène quelqu'un d'autre : le serpent. Il n'est pas très populaire, certainement pas un héros, mais sa place dans le récit est presque aussi importante que celle des êtres hu­mains. Essayons de comprendre un peu le rôle qu'il occupe dans cette histoire.

La foire aux idées

En parlant de cette histoire à différents personnes, j'ai découvert que les gens avançaient des hypothèses sur la véritable identité du serpent. Certains l'ont identifié comme « le Diable », une sorte d'ange déchu, un puissant « ennemi de D-ieu » qui cherche à contrecarrer le plan Divin à tout ins­tant. Pour ma part, j׳ai quelques difficultés avec l'idée d'une source du mal indépendante dans l'univers et faisant contrepoids face à D-ieu.

La pensée juive a tendance à voir Satan sous un autre angle, non comme un être qui s'oppose au plan Divin, mais comme une sorte de « procureur cé­leste » faisant partie intégrante de ce plan. De même qu'il n'y a pas de tribunal terrestre sans procureur, le Tribunal Céleste est incomplet sans son « procureur », c'est-à-dire un être qui défend avec force l'application de la justice Divine dans toute sa rigueur.

Le serpent était-il donc une manifestation d'une sorte de Satan, qui que puisse être ce Satan ? Peut-être mais, lorsqu'on lit le texte, on voit qu'il s'agit d׳un animal. On pourrait avancer l'idée que l'ange s'est dissimulé sous la forme d'un animal, mais essayons un peu de voir si on ne peut pas com­prendre le texte sans avoir recours à Satan. Alors, disons que le serpent est un animal. Que veut-il ? Comment le comprendre ?

Commençons par réunir quelques informations pertinentes. Que nous apprend le texte de la Tora au sujet du serpent ? Et bien, pour commencer, il parle, ce qui n'est pas très courant pour un serpent ! Et qui plus est, nous ne sommes même pas censés être surpris de cette aptitude. Lorsque, par exemple, la Tora rapporte l'histoire de Bila'am et de son ânesse qui parle, il est clair que nous sommes censés être surpris par le fait que cet animal soit doué de parole. Mais, ici, dans la section Béréchith, la capacité de parler du serpent semble être une donnée comme une autre. La Tora nous dit qu'un jour, un serpent s'approcha d'Ève et entama incidemment une conversation avec elle. Ne soyez pas surpris, c'est comme ça, voilà tout !

Et c'est là que cela devient encore plus curieux : le ser­pent ne fait pas que parler, il marche aussi. Nous le savons parce qu'à la fin de l'histoire, le serpent est maudit par D-ieu et que cette malédiction dit clairement qu'à partir de ce moment-là, le serpent devra ramper sur le ventre et manger de la poussière. Le sous-entendu est clair : avant ce moment-là, le serpent n'était pas une créature rampante, il marchait.

Allons encore plus loin dans notre raisonnement. Que mangeait cette créature qui parlait et marchait avant d'être maudite ? Nous n'en savons rien, mais, à l'évidence, ce n'était pas de « la poussière », ce n'est devenu son régime alimentaire que par la suite. Tel que le serpent a été créé à l'origine, il semble que ses repas devaient se composer de quelque chose de bien plus appétissant.

Et qu'en était-il de son niveau d'intelligence ? La Tora se montre plutôt explicite à ce sujet. Selon le texte, le serpent était extrêmement brillant : « Et le serpent était plus rusé qu'aucun des animaux des champs... » (Béréchith 3:1).

Alors, résumons les faits. Le serpent marche, il parle, il aime la bonne nourriture et il est intelligent. Qu'est-ce que cela vous rappelle ? Je ne sais pas quelle est votre opinion, mais, moi, ça me fait penser à un être humain.

En fait, le serpent ressemble de manière si troublante à l'homme qu'il nous force à nous demander : qu'est-ce qui, finalement fait de lui un serpent plutôt qu'un homme ? C'est une question qui ne nous laisse pas indifférents parce qu'elle pose un point d'interrogation sur nous et sur la nature de notre humanité. Elle se résume en quelques mots : qu'est-ce qui fait de nous un être humain et non un serpent ? Si vous marchez, parlez et que vous êtes intelligent cela fait donc de vous une personne ? Ou se pourrait-il que vous soyez quand même un serpent ?

Le serpent nous force peut-être à nous demander : quelle est la ligne de démarcation qui sépare, de manière fondamentale, l'homme de l'animal ?

Toutefois, le mystère du serpent ne s'arrête pas là. Qu'y a-t-il d'autre d'étrange sur la manière dont la Tora le décrit dans l'histoire ?



Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Lucas ben Amanda.

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