dimanche 18 mars 1990

L'infirme (1)

Desert Island

Ceci est la première partie d'une des "Histoires de Rabbi Na'hman" : "L'infirme."

1

Avant de mourir, un sage convoqua ses enfants et sa famille. Sa dernière volonté était qu'ils arrosent des arbres : « Vous pouvez aussi vous occuper d'autres choses, mais veillez à toujours arroser des arbres. » Il mourut, laissant des enfants, dont un fils qui ne pouvait pas marcher.

Il pouvait se tenir debout mais il ne pouvait pas marcher. Ses frères lui donnaient ce qui lui était nécessaire pour vivre. Ils lui donnaient tant, qu'il lui restait toujours quelque chose et, à force d'économiser petit à petit sur ce qu'on lui donnait, il se retrouva avec une somme rondelette. Il prit la résolution suivante : « Pourquoi être entretenu par eux ? Mieux vaut entreprendre de faire du commerce. » Bien qu'il fût infirme, il louerait un chariot, engagerait un homme de confiance et un cocher avec qui il se rendrait à Leipzig où il pourrait faire du commerce, malgré son infirmité.

Les siens furent très contents de sa décision et dirent : « Pourquoi lui donnerions-nous un pécule ? Mieux vaut qu'il gagne lui-même sa vie. » Ils lui prêtèrent de l'argent pour son entreprise. Il loua donc un chariot, engagea un homme de confiance et un cocher, puis se mit en route.

Il arriva à une auberge et son homme de confiance lui dit : « Passons la nuit ici ! » Il refusa de lui être agréable et après maintes discussions ils repartirent et s'égarèrent dans une forêt. Surgirent des brigands qui étaient devenus ce qu'ils étaient par la force des choses :

Pendant une famine, un homme était entré en ville, proclamant que quiconque voulait manger vienne le voir. Nombreux furent ceux qui accoururent. Il renvoya ceux qui ne lui seraient d'aucune aide. Puis, à l'un il disait : « Tu peux être artisan. » À l'autre, il disait : « Tu peux travailler dans un moulin. » Il choisit les jeunes gens les plus malins, les emmena dans la forêt et les persuada de se faire brigands, car « ici passent les routes de Leipzig et de Bresiau (Wroclaw), et d'autres encore. Les marchands empruntent ces routes et nous dépouillerons ces marchands et nous aurons de l'argent. » (C'est ainsi que le brigand qui avait fait la proclamation en ville les persuada.)

Donc, les brigands attaquèrent celui qui ne pouvait pas marcher, ainsi que ses employés, l'homme de confiance et le cocher. Ces derniers pouvaient s'enfuir et s'échappèrent. L'infirme resta seul dans le chariot. Les brigands se dirigèrent vers lui, s'emparèrent du coffre où était son argent, et demandèrent à l'infirme : « Pourquoi restes-tu assis ? » Il répondit qu'il ne pouvait pas marcher. Ils lui dérobèrent son coffre et les chevaux. Il resta dans le chariot.

L'homme de confiance et le cocher qui s'étaient enfuis se dirent que, étant donné que des nobles leur avaient remis des lettres de change, ils risquaient fort de se retrouver en prison s'ils rentraient chez eux. Mieux valait rester là où ils étaient et louer leurs services à quelqu'un d'autre.

L'infirme était resté dans le chariot et avait à sa disposition les provisions qu'il avait emportées. Il les mangea et lorsqu'elles se furent épuisées, il ne lui resta plus rien à manger. Que faire ? Il se jeta hors du chariot pour pouvoir manger de l'herbe. Il passa la nuit seul dans le pré et il eut si peur que ses forces le quittèrent, à tel point qu'il ne put se tenir debout. Il ne pouvait que ramper et il mangea toute l'herbe qui poussait autour de lui. Tant qu'il pouvait atteindre l'herbe et manger, il mangeait. Lorsque l'herbe eut disparu autour de lui et que sa main ne rencontra plus rien, il rampa plus loin et mangea à nouveau. Il mangea ainsi de l'herbe pendant un certain temps.

2

Une fois, il remarqua une plante dont il n'avait jamais vu la pareille. Il avait mangé des herbes tout le temps et les connaissait toutes, mais cette plante lui plut beaucoup car il n'en avait jamais vu de pareille. Il décida de l'arracher, elle et ses racines. Ce faisant, il trouva un diamant sous les racines. Ce diamant était cubique et chacune de ses facettes avait une vertu particulière. Sur une des facettes, il était écrit que celui qui tiendrait cette facette serait transporté à l'endroit où le jour et la nuit se rejoignent, c'est à dire là où le soleil et la lune se rencontrent.

En arrachant la plante et ses racines, l'infirme avait saisi la facette qui avait la vertu de le transporter là où le jour et la nuit se rejoignent. Il y fut transporté, comme il put s'en rendre compte en regardant autour de lui. Il entendit le soleil et la lune qui bavardaient.

Le soleil se plaignait auprès de la lune de ce qu'il existait un arbre qui avait de nombreuses branches, beaucoup de feuilles et beaucoup de fruits. Chaque fruit, chaque feuille, chaque branche avait une vertu particulière. Telle feuille était un remède pour enfanter, telle autre pour avoir de quoi vivre, telle autre encore était un remède contre certaine maladie, et telle autre était un remède contre une autre maladie. La moindre partie de l'arbre avait une vertu particulière. L'arbre avait besoin d'être arrosé. Il serait d'un grand secours s'il était arrosé. « Et moi, non seulement je ne l'arrose pas, mais je darde mes rayons sur lui et je le dessèche ! »

La lune répondit au soleil : « Tes soucis ne sont rien du tout. Je vais te faire part des miens. Je possède mille montagnes. Autour de ces mille montagnes, il y a encore mille montagnes. Et là se trouvent les démons qui ont des pattes de poulet. Comme ils n'ont aucune force dans leur pattes, ils prennent la force qui se trouve dans mes pieds. Et à cause de cela, je n'ai plus de force dans les pieds. J'ai une poudre qui est un remède pour mes pieds. Le vent surgit et l'emporte. »

Le soleil dit : « Ce sont là tes soucis ? Je vais te donner un remède. Il y a une route d'où partent de nombreuses routes. Une de ces routes est la route des Tzadiqim. Le Tzadiq qui marche sur cette route voit la poussière de cette route qui est répandue sous ses pas. À chaque pas qu'il fait, il foule cette poussière. Il y a une route des hérétiques. L'hérétique qui avance sur cette route, voit la poussière qui est répandue sous ses pas, etc...»

« Il y a la route des fous. Le fou qui est sur cette route, voit la poussière qui est répandue sous ses pas, et ainsi de suite. Il y a ainsi de nombreuses routes. Il y a par exemple une route où des Tzadiqim prennent sur eux de nombreuses souffrances et ils sont conduits enchaînés par des seigneurs. Ces Tzadiqim n'ont pas de forces dans les pieds. On répand sous leurs pas la poussière de cette route et leurs pieds reprennent des forces. Va donc là-bas. Il y a beaucoup de poussière et tes pieds seront guéris. »

L'infirme avait entendu tout ce que le soleil avait raconté à la lune. Il examina une autre facette du diamant et vit qu'il y était écrit que quiconque se saisirait de cette facette, serait transporté sur la route d'où partaient de nombreuses routes, la route dont le soleil avait dévoilé l'existence à la lune. Il saisit la facette et se retrouva sur cette route.

Il posa les pieds sur la route dont la poussière était un remède pour les pieds et fut aussitôt guéri. Il se mit en marche et ramassa de la poussière de toutes les routes. Il enferma un peu de chaque poussière séparément dans des sachets. Il mit de la poussière de la route des Tzadiqim dans un sachet. Il fit de même avec la poussière des autres routes. Puis, il décida de retourner dans la forêt où il avait été dépouillé, en emportant les sachets. Une fois arrivé, il choisit un arbre proche du chemin emprunté par les brigands pour commettre leurs méfaits.

Il prit de la poussière pour Tzadiqim et la mélangea à de la poussière pour fous, puis il répandit le mélange sur le chemin. Ensuite, il grimpa dans l'arbre et s'y installa pour voir ce qui allait se passer. Il vit arriver les brigands qui étaient envoyés par le vieux brigand dont nous avons parlé plus haut. Dès qu'ils furent sur le chemin, ils marchèrent sur la poudre qui y était répandue et ils devinrent des Tzadiqim. Ils se mirent à pleurer à cause des jours et des années qu'ils avaient passées à dépouiller et assassiner tant d'êtres humains. Cependant, comme la poussière pour Tzadiqim était mélangée à de la poussière pour fous, ils étaient devenus des Tzadiqim fous.

Ils commencèrent à se quereller. L'un disait à l'autre : « C'est toi qui nous a poussés à tuer ! » l'autre répondait : « C'est toi ! » Ils continuèrent à se quereller ainsi et finirent par s'entretuer. Puis, le vieux envoya d'autres brigands et il se passa la même chose qu'avec les premiers. Le manège se répéta jusqu'à ce que tous les brigands se soient entretués. Et l'infirme, qui était dans l'arbre, comprit qu'il ne restait plus qu'un brigand avec le vieux qui avait persuadé les autres de le suivre. Il descendit de son arbre, ramassa la poussière du chemin et répandit à la place uniquement de la poussière pour Tzadiqim. Puis, il regrimpa dans l'arbre.

Le vieux, qui avait envoyé tous ses hommes dont aucun n'était revenu, fut très étonné. Il décida d'aller voir ce qui se passait avec le seul homme qui lui restait. Dès qu'il eut mis le pied sur le chemin où était répandue la poussière pour Tzadiqim, il devint un Tzadiq et se mit à pleurer sur l'épaule de son compagnon à cause des années et des jours qu'il avait passés à tuer et à dépouiller tant d'êtres humains.

Il creusa des tombes, fit téchouva et fut pris de remords. Voyant qu'il faisait téchouva, l'infirme descendit de son arbre. Le brigand, apercevant un homme, se lamenta à grand bruit : « Malheur à moi ! J'ai commis tel et tel crime. Par pitié, dis-moi quelle pénitence je dois faire ! » L'infirme lui répondit : « Rends-moi le coffre que vous m'avez volé. » En effet, les brigands tenaient un registre de chaque vol qu'ils avaient commis, sa date et le nom de la victime. Le brigand dit à l'infirme : « Je vais te le rendre tout de suite. Je te tais même cadeau de tous les trésors que nous avons volés. Dis-moi seulement quelle pénitence je dois faire. »

L'infirme lui répondit : « Voici quelle sera ta pénitence: tu devras aller en ville crier et avouer : 'C'est moi qui ai fait la proclamation et j'ai commis de nombreux crimes. J'ai tué et j'ai dépouillé beaucoup d'hommes !' Voilà ta pénitence. »

Le brigand donna tous ses trésors à l'infirme et se rendit en ville avec lui. Il fit tout ce que l'autre lui avait ordonné. En ville, il fut jugé. Comme il avait tué un grand nombre de personnes, il fut condamné à être pendu à titre d'exemple afin que d'autres en tirent une leçon. Quant à l'infirme, il décida d'aller jusqu'aux deux mille montagnes voir ce qui s'y passait.

Il s'arrêta à quelque distance des deux mille montagnes. Il aperçut des myriades et des myriades de familles de démons. En effet, les démons croissent et se multiplient, ont des enfants tout comme les hommes, et sont très nombreux. Il aperçut leur souverain qui était assis sur un trône. Aucun homme « né d'une femme » (Chabath 88b) ne s'était jamais assis sur un tel trône. L'infirme vit les démons qui se moquaient. Un démon racontait comment il avait mutilé un enfant. Un autre, racontait comment il avait coupé une main. Un autre encore, racontait comment il avait coupé un pied, et autres sortes de farces.

L'infirme aperçut ensuite un père et une mère qui pleuraient. On leur demanda : « Pourquoi pleurez-vous? » Ils répondirent qu'ils avaient un fils qui avait l'habitude de partir quelque part et de revenir au bout de quelque temps. Mais aujourd'hui, un grand laps de temps s'était écoulé et il n'était pas rentré. Le père et la mère furent amenés devant le roi qui ordonna ensuite d'envoyer des émissaires dans le monde entier à la recherche du fils.

En revenant de chez le roi, les parents du démon rencontrèrent quelqu'un qui était parti avec leur fils, et qui leur demanda : « Pourquoi pleurez-vous ? » Ils lui racontèrent l'histoire. Il leur répondit :

« Je vais vous raconter une histoire : Nous avions une île sur la mer, qui était notre endroit. Le roi à qui l'île appartenait arriva et il voulut y construire des palais. Il avait déjà posé les fondations et votre fils me proposa d'aller causer du tort au roi. Nous partîmes donc pour le dépouiller de sa force. Alors le roi fit venir des docteurs, mais ils ne purent pas l'aider. Le roi fit venir des sorciers. Un des sorciers connaissait la famille de votre fils, mais il ne connaissait pas la mienne, et par conséquent il ne pouvait pas me faire de mal. Cependant il connaissait la famille de mon compagnon, et il s'empara de lui et le tortura. »


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samedi 17 mars 1990

L'infirme (2)

L'infirme (2)

Ceci est la deuxième partie d'une des "Histoires de Rabbi Na'hman" : "L'infirme."

Le démon qui avait raconté tout cela fut amené devant le roi (des démons) et il répéta son histoire. Le roi déclara : "Rendons au roi (de l'île) sa force." Le démon dit alors : "L'un d'entre nous n'avait pas de force et nous lui avons donné la force du roi (de l'île)." Le roi reprit : "Reprenons-lui cette force et rendons-la au roi !" On dit alors au roi (des démons) que le démon à qui on avait donné la force du roi était devenu un nuage. Le roi des démons donna l'ordre de convoquer le nuage et de l'amener. On envoya un messager à la recherche du nuage.

Alors, l'infirme qui avait assisté à toute la scène, se dit : "En route. Allons voir comment ces gens deviennent des nuages." Il suivit le messager et arriva dans la ville où se trouvait le nuage. Il demanda aux habitants : "Pourquoi y-a-t-il un nuage au-dessus de la ville ?" Ils répondirent: "En fait, il n'y a jamais eu de nuage au-dessus de la ville. Ce n'est que depuis quelque temps qu'un tel nuage recouvre la ville". Le messager arriva, appela le nuage et ils repartirent. L'infirme décida de les suivre pour entendre leur conversation. Il entendit le messager qui demandait :

"Comment se fait-il que tu sois devenu un nuage ?" L'autre lui répondit: "Je vais te raconter une histoire : II était une fois dans un pays, un sage. L'empereur du pays était un grand hérétique et il rendit tout le pays hérétique. Le sage convoqua tous les gens de sa famille et leur dit : "Vous voyez que l'empereur est un grand hérétique et qu'il a rendu tout le pays hérétique, ainsi qu'une partie de notre famille. Par conséquent, partons dans le désert afin de conserver notre foi en Dieu Béni-Soit-Il. Tout le monde fut d'accord.

Le sage prononça un nom divin qui les transporta dans un désert. Ce désert ne plut pas au sage alors il prononça un nom divin encore une fois. Ils furent transportés dans un autre désert qui encore ne plut pas au sage. Il prononça encore un nom qui les transporta dans un autre désert. Ce désert plut au sage, et il était à proximité des deux mille montagnes. Le sage entreprit de tracer un cercle autour de lui et de sa famille, afin que nul ne pût s'approcher d'eux.

Il existe un arbre. Si cet arbre était arrosé, il ne resterait plus rien de nous, démons. C'est pourquoi certains d'entre nous creusent continuellement, jour et nuit près de l'arbre, afin que l'eau n'arrive pas jusqu'à lui."

Le messager demanda au nuage : "Pourquoi faut-il être présent là-bas jour et nuit, et creuser ? Il serait suffisant de creuser une seule fois pour empêcher l'eau d'arriver !"

L'autre répondit : "II y a parmi nous des Bavards. Ces Bavards vont causer la guerre entre un roi et un autre. Il y a donc des guerres qui ont pour résultat de faire trembler la terre. Et la terre qui est autour des tranchées s'effondre et l'eau peut arriver jusqu'à l'arbre. C'est pourquoi il faut être présent là-bas et creuser en permanence.

Lorsque nous nous choisissons un roi, nous faisons les bouffons et nous nous réjouissons. L'un d'entre nous raconte d'un ton moqueur comment il a brutalisé un enfant et comment la mère se lamente. Un autre nous fait part de quelque farce. Il y a ainsi toutes sortes de farces. Lorsque notre roi est réjoui, il va se promener avec les princes du royaume et il essaye de déraciner l'arbre. En effet, si cet arbre n'existait plus, ce serait tout à notre avantage. Le roi fortifie son cœur afin de pouvoir déraciner l'arbre. Mais lorsqu'il arrive près de l'arbre, ce dernier pousse un grand cri. Alors, l'effroi s'empare du roi qui est obligé de rebrousser chemin.

Un jour, nous eûmes un nouveau roi, devant qui nous nous conduisîmes comme des bouffons. Il en fut fort réjoui et son cœur en fut tout revigoré. Il voulut déraciner l'arbre et il partit se promener avec les princes. Son cœur était fort et il courut pour déraciner l'arbre. Lorsqu'il arriva près de l'arbre, ce dernier fit entendre un grand cri. Le roi prit peur, recula, et entra dans une grande colère. Il regarda autour de lui et aperçut des gens qui étaient installés là. (C'était le sage et sa famille.) Il envoya ses gens s'occuper d'eux. (C'est à dire les tuer, comme c'est l'habitude des démons).

En les voyant, la famille du sage eut très peur. Alors que les démons approchaient, l'ancien (le sage) dit à sa famille : "N'ayez pas peur !" Cependant, les démons ne purent pas avancer à cause du cercle qui entourait le sage et sa famille. Le roi des démons envoya d'autres hommes, mais ces derniers ne purent pas s'approcher. Le roi en conçut une grande colère et s'avança en personne. Mais il ne put pas s'approcher. Alors, il demanda au sage de le laisser entrer.

Le vieillard lui répondit : "Puisque tu me supplies, je vais te laisser entrer. Mais comme il n'est pas convenable qu'un roi aille seul, je te laisserai entrer avec quelqu'un d'autre." Il fit une ouverture dans le cercle, ils entrèrent, et le sage referma le cercle.

Le roi demanda au vieillard : "Comment se fait-il que vous soyez installés sur mon territoire ?" Le sage répondit : "Pourquoi est-ce ton territoire ? C'est mon territoire !" Le roi répliqua : 'Tu n'as pas peur de moi ?" Le vieillard répondit :

"Non !" Le roi reprit : "Tu n'as pas peur ?" Puis il se mit à grandir démesurément et voulut avaler le vieillard. Ce dernier dit : "Je n'ai toujours pas peur de toi. Mais si je le désire, alors toi tu auras peur de moi." Et il partit réciter quelques prières.

De gros nuages se formèrent et le tonnerre retentit. La foudre tua tous les princes qui étaient venus avec le roi. Il ne resta plus que le roi et son compagnon, qui étaient entrés dans le cercle. Le roi supplia le vieillard de faire cesser le tonnerre. Le tonnerre cessa. Le roi dit alors au vieillard : "Puisque tu es cette sorte d'homme, je vais t'offrir un livre où sont répertoriées toutes les familles de démons. Il y a des Maîtres des Noms qui ne connaissent qu'une famille, et encore ils ne savent pas tout sur cette famille. Mais dans le livre que je vais te donner sont répertoriées toutes les familles. Elles sont toutes répertoriées pour le bénéfice du roi. Même ceux qui naissent sont répertoriés pour le roi."

Le roi envoya son compagnon chercher le livre. (Il se trouve que le sage avait eu raison de faire entrer le roi avec quelqu'un d'autre, car sinon, qui le roi aurait-il envoyé?) L'autre rapporta le livre. Il ouvrit le livre et vit qu'il renfermait la liste de myriades de leurs familles. Le roi dit au vieillard que les démons ne détruiraient jamais personne de sa famille. Puis il ordonna de faire apporter les portraits de tous les membres de la famille du vieillard. Même si quelqu'un naissait dans sa famille, on devait aussitôt apporter son portrait, afin que personne, dans la famille du vieillard, ne fût tué.

Plus tard, lorsque fut venue la fin de ses jours en ce monde, le vieillard convoqua ses enfants et leur transmit ses dernières volontés en ces termes : "Je vous confie le livre. Vous savez que j'ai le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Cependant, je ne l'ai jamais utilisé, car j'ai confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Vous non plus, ne l'utilisez pas. Même si l'un d'entre vous peut l'utiliser avec sainteté, qu'il n'en fasse rien. Qu'il ait seulement confiance en D-ieu Béni-Soit-Il." Puis le sage mourut.

Le livre se transmit par héritage et arriva dans les mains du petit-fils du sage. Le petit-fils avait le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Mais il avait confiance en D-ieu Béni-Soit-Il et il n'utilisa pas le livre, ainsi que le sage l'avait voulu.

Les Bavards, qui existaient parmi les démons, essayèrent d'influencer le petit-fils du vieillard : "Étant donné que tes filles sont déjà grandes, et que tu n'as pas les moyens de les nourrir et de les marier, utilise le livre." Mais il ne sut pas que les démons essayaient de l'influencer. Il pensait que c'était son cœur qui lui parlait ainsi. Il se rendit sur la tombe de son grand-père et dit :

"Ta dernière volonté fut que l'on ne fît aucun usage du livre et que l'on eût seulement confiance en D-ieu Béni-Soit-Il. Aujourd'hui, mon cœur me pousse à utiliser le livre." Son grand-père (qui était mort) lui répondit : "Bien que tu puisses te servir du livre avec sainteté, mieux vaut avoir confiance en D-ieu Béni-Soit-Il et ne pas se servir du livre. D-ieu Béni-Soit-Il t'aidera." Il obéit.

Un jour, le roi du pays où vivait le petit-fils du vieillard tomba malade. Il consulta des docteurs qui ne purent pas le guérir. À cause de la grande chaleur qui régnait dans le pays, les remèdes n'avaient aucun effet. Le roi décréta que les Juifs prient pour lui.

Notre roi déclara : "Puisque le petit-fils a le pouvoir de se servir du livre avec sainteté et qu'il n'en fait rien, accordons lui quelque faveur." Le roi m'ordonna de devenir un nuage dans le pays du roi malade, pour que le roi guérisse grâce aux médicaments qu'il avait pris et grâce à ceux qu'il prendrait encore. Quant au petit-fils du sage, il ne sut rien de tout cela. Et c'est ainsi que je suis devenu un nuage."

Tout cela fut raconté au messager par le nuage. L'infirme, qui les avait suivis, avait tout entendu.

Le nuage fut amené devant le roi qui ordonna de lui reprendre sa force et de la rendre au roi qui en avait été dépouillé pour avoir construit sur le territoire des démons.

On rendit donc sa force au roi et le fils, dont le père et la mère pleuraient sur le sort, revint. Il était tout affaibli, sans forces, car il avait été torturé. Il était très en colère à cause du sorcier qui l'avait tant fait souffrir. Il demanda à ses enfants et à sa famille de se tenir constamment à l'affût du sorcier.

Les Bavards partirent pour avertir le sorcier qu'on était à sa recherche et qu'il devait se protéger. Le sorcier inventa des stratagèmes et fit appel à d'autres sorciers connaissant beaucoup de familles de démons, afin d'être protégé. Le fils, ainsi que sa famille, fut très en colère contre les Bavards qui avaient dévoilé le secret au sorcier.

Un jour, des membres de la famille du fils et des Bavards prirent ensembles leur tour de garde auprès du roi. La famille du fils calomnia les Bavards. Le roi fit tuer les Bavards. Les Bavards qui restaient furent très en colère et provoquèrent une guerre entre tous les rois. La famine, la maladie, la désolation et les épidémies s'abattirent sur les démons. Il y eut de grandes guerres entre tous les rois. La terre trembla, s'effondra et l'arbre fut entièrement arrosé. Il ne resta plus rien des démons, comme s'ils n'avaient jamais existé. Amen.

"Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs(....) Il sera comme un arbre planté auprès des cours d'eaux (...) (Psaumes 1:1-3). Toute cette histoire fait allusion à ce psaume. Celui qui a des yeux verra et celui qui a un cœur comprendra ce qui se passe dans le monde.

Fin.

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