mercredi 11 mai 2011

Pessa'h : que de questions !


(Madame Patricia Guedj m'a fait le plaisir de m'envoyer ce texte qu'elle m'a permis de publier. J'y répondrai dans quelques jours, avec l'aide de D-ieu.) 

Une simple question, mais une question si lourde qu’on a préféré la faire lire par le plus jeune de l’assemblée.. sans doute pour l’alléger.

? מִכָּל הַלֵּילות מַה נִּשְּׁתַּנָה הַלַּיְלָה הַזֶּה

Cette question qui pourtant semble fort simple, pourquoi, et c’est en fait ma première question, pourquoi suscite-t-elle tant d’autres questions, et pourquoi, deuxième question, à la fin de tout le parcours, de toute cette traversée du désert, j’ai toujours l’impression d’avoir raté quelque chose, et n’avoir pas vraiment entendu la réponse ?

Cette question est une question existentielle, parce qu’en fait elle met en exergue ma propre existence, mais aussi celle de mon peuple, et plus encore celle de l’existence des autres peuples, et carrément celle du monde.

Alors que je vis au milieu du hamets, au milieu de toute cette levure que l’on voudrait au quotidien voire enfler plus encore qu’elle ne l’est. Alors que tout dans le monde est fait pour que nous cherchions à faire gonfler de plus en plus toute la matérialité du monde, comme si toute notre vie dépendait de l’enflure de notre compte en banque ou du pain que nous regardons gonfler en simples observateurs passifs.

Ici, je ne dois plus utiliser de levain, je ne dois plus regarder gonfler, ni mon égo, ni la matérialité, et surtout pas, ce qui symbolise tout finalement, le pain.....

Un "pain" dur à avaler

Je n’ai donc pas fait le pain de Chabath cette semaine, et je dois consommer quelque chose, qui, même s’il semble plaire à grand nombre de personnes, ne me plait pas du tout, et comble de tout, pour arriver au soir du premier seder, alors qu’il s’agit simplement en fait de manger quelque chose de si simple dans sa confection et de si pauvre dans sa constitution, il a fallu exercer un travail de titan.. tout à l’inverse de ce pain qui lève tout seul grâce au levain, symbole aussi, qu’on le veuille ou non, de facilité.

Alors que tous les ans, nous prions et racontons de façon récurrente le voyage qui a permis d’atteindre la liberté à tout un peuple, la question reste identique au soir du premier voyage. 

La Haggadah dit bien qu’il s’agit de la sortie d’Égypte, elle nous demande aussi de perpétuer le souvenir de ce voyage, par delà le temps, on dit que cette histoire doit se perpétuer tous les ans, et ce jusqu’à extinction du peuple juif, c'est-à-dire jamais, et pourtant, la question ne se pose pas sur les nuits de chaque seder : elle dit : « a laïla azé » comment donner à une telle question, une réponse simple, une réponse adaptée à chaque année, à chaque époque, à chaque ère ? 

Elle dit : Cette Nuit.. cette nuit et pas une autre.. c’est comme si c’était la même nuit que nous revivrions perpétuellement tous les ans, un peu comme si le temps s’était arrêté, alors que le premier enfant posait sa fameuse question et comme si nous étions là, en ce moment en esclavage.. C’est comme si nous devrions de façon vitale sortir de notre « Égypte ». 

Et là, je pose, moi, en tant que juive, les chose de façon un peu différente : je décide de sortir d’Égypte, parce que « mon Pharaon » est totalitaire, je pars avec mon peuple, sans même savoir comment je survivrai à un tel voyage où tout me semble hostile, et où je vais consommer des choses que je n’apprécie pas plus que ça, et j’ai tellement foi en le D-ieu de mes ancêtres que je pars sans me retourner, sans avoir vraiment peur, et sans avoir de réponse à mes questions. 

En fait, Pessa'h c’est la traversée d’un désert toujours plus difficile, toujours plus complexe, c’est ce qui, alors que le pain va se réduire à une simple galette plate et sèche, va faire gonfler de plus en plus la foi. C’est aussi cette capacité d’adaptation que je, je en tant que juive, peux avoir. Le pain azyme, c’est la possibilité de survie de l’être, mais aussi celle de toute l’ethnie, et plus encore, celle de toute l’espèce, de l’humanité toute entière.

C’est la foi qui dépasse le monde et l’univers, celle qui a peut être convaincu Di-eu d’utiliser les éléments pour nous aider à atteindre notre but. « S’il n’avait fait que nous sauver, cela eut été largement suffisant ; s’il en plus il avait ouvert les eaux afin que nous puissions être sauvés, cela eut également suffi » ; Il a été bien plus loin……… Il nous a offert la Tora, et nous, contrairement à tous les autres peuples, nous avons compris et accepté ce geste d’amour……

Pessa'h, c’est aussi le devoir, la mission du juif : celle de transmettre aux autres peuples, l’existence et l’unicité de D-ieu, c’est apprendre aux autres peuples que D-ieu dans son infinie miséricorde nous a transmis le libre arbitre, la possibilité de joindre ou non le daleth au Youd, afin de transformer le monde, et d’établir une petite lumière qui peut s’infiltrer entre les deux, ou pas.. c’est la distance qui sépare le 'het du , c’est aussi et simplement celle qui sépare le bien du mal. 

C’est aussi le fait de prouver au monde certaines choses paradoxales, comme : pour rechercher et trouver la liberté il est nécessaire d’obéir à des lois, d’avoir des devoirs, des règles : celles de la vie en société. C’est aussi la recherche de la survie de tout un peuple dans la fuite. 

C’est aussi la prise de conscience du fait que vivre au milieu de gens hostiles n’apporte rien, si ce n’est la disparition par assimilation de l’ethnie toute entière. (Les chrétiens en ce moment se font massacrer dans les pays orientaux. Ils refusent de se sauver, espérant rallier à leur cause et à leur foi, les peuples totalitaires. Leur tort est, à mon sens le fait de ne pas utiliser la petite partie juive de leur être, celle qui aurait dû leur rester à travers les âges...)

Savoir différencier le bien du mal.. c’est le but de presque tous les êtres humains.. simplement, le juif est sans cesse à la recherche du bien, et même si parfois il risque de se tromper, et bien il cherche.. c’est le plus important, à mon sens.

Pessa'h c’est également la bouche () qui parle (sa’h).. c’est un flot de questions qui sont posées.. C’est au-delà du Ma Nichtana, une réactualisation de la foi……pour moi, c’est un peu comme une épreuve que j’aurais à passer. Tous les ans, je n’ai de cesse de me poser tout un tas de questions. 

Entre autre : est-ce que j’ai réussi ou pas le passage ?? Est-ce que j’ai réussi cette année encore à « passer au dessus » de tout ce qui m’a été négatif au long de cette année ?? Et, tous les ans, et ce depuis la plus tendre enfance, je fais partie de ceux qui chantent le Ma Nichtana.. 

Comme je n’ai toujours pas de réponse à mes questions, et comme je finis par accepter tout avec l’aphicomène en fin de traversée, et bien je crois que je continuerai jusqu’à la fin de « moi » à poser les questions, même si je suis loin d’être la plus jeune, et même si je suis très loin de l’enfance. Et puis j’avoue humblement adorer chanter le soir de Pessa'h le Ma Nichtama très haut, très fort, et à intelligible voix.

Hier, la mer s’ouvrait, et aujourd’hui, nous serons libérés. C’est bien étrange cette année ! Un message de D-ieu sans doute : la libération tombe le 26 dans le calendrier grégorien.

"L'idée que l'ordre et la précision de l'univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d'un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si, après l'explosion d'une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l'ordre d'un dictionnaire"

J’aime cette citation d’Einstein.

Bonne libération à tous...


Patricia Guedj

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Serge ben Yael.  

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jeudi 28 janvier 2010

Les limites humaines

Les limites humaines

“Une personne ne doit pas se sentir vexée par les atteintes faites à son honneur.” (Rabbi Na'hman de Breslev)

Nous évoluons tous dans une société, dans un monde mû par des tourments incessants… Les évènements nous bousculent, mais ils sont hors nous et nous ne pouvons parfois pas modifier le cours des choses… Le fait est que les vicissitudes qui parviennent à nous et nous émeuvent n'ont qu'une importance relative : celle qu'on veut bien leur donner.

Il est des choses importantes et des choses qui le sont nettement moins ; simplement cela dépend de la vison que nous avons du monde qui nous entoure. Tout dépend aussi du moment où tout cela parvient à nous. Parfois, nous réagissons violemment sur un fait précis, alors qu'à un autre moment, le même fait aurait eu une importance, négligeable et serait passé au dessus de nous. Pourtant, le temps n'est rien, juste un petit facteur négligeable, juste un impondérable, une simple inconnue dans l'équation de notre vie ; le temps n'est vraiment rien (le temps ne passe pas, c'est nous qui passons)

Et c'est ainsi que des amitiés se font puis se défont pour se ressouder, se recréer de nouveau. Si seulement nous pouvions regarder hors nous, nous projeter en dehors de nous et avoir un simple regard critique sur notre propre comportement, au lieu d'avoir sans cesse un œil critique sur “l'autre” ! Cela changerait certainement la face du monde et le cours des évènements...

Nous ne pouvons pas modifier les évènements mais nous avons une action sur notre comportement, sur ce qui fait que nous sommes tous uniques, sur ce qui fait que nous sommes nous-mêmes, au plus profond de notre âme.

D-ieu a créé l'homme à son image ; D-ieu nous a créé bons ; ceci est un point de départ. Notre vie entière devrait fluctuer en fonction de ce point précis : le regard que nous avons sur nous-mêmes mais aussi le regard que nous pouvons avoir sur l'autre…

Un de mes patients va mal, très mal et ce depuis pas mal de temps à présent. C'est ici une chose importante, très importante pour moi ; il a 36 ans et il passe du palliatif au curatif pour retourner au palliatif et revenir enfin à du curatif. Les fêtes de fin d'année ont été très difficiles pour lui. Noël, dans sa religion est pourtant, si important…

Je crois que ce genre de choses qui arrive hors moi est terrible, tout simplement parce que je suis incapable de modifier les desseins de D-ieu. Je ne peux qu'aider, avec humilité, apporter des soins, de la présence, de l'aide morale, tout ce que je peux apporter ; mais je ne peux guérir... Humilité, oui, parce que nous sommes très petits face à la souffrance d'autrui, très petits face à la maladie, très petits face à la mort.

Nous essayons simplement grâce à la médecine de faire reculer les échéances, mais nous sommes au final tous sursitaires et nous sommes si petits face à la grandeur et l'omnipotence de D-ieu ! Ce sont des faits, de simples faits, mais pour moi, ils sont importants… Pour d'autres, ils ne le seront pas, parce que chaque évènement est vécu de façon personnelle par chacun.

Vous qui êtes mes ami(e)s, laissez passer les orages de la vie ; tant de choses nous dépassent, tant de choses ne peuvent pas être modifiées. Alors, ce que nous pouvons et avons la possibilité de changer pour rendre le monde meilleur et la vie plus sereine, faisons le… Ouvrons-nous sur une paix durable. Dirigeons-nous tous dans le même sens, dans la même direction : celle qui limite les conflits et recolore le monde avec des couleurs pastel et merveilleuses. Ne regardons pas le noir des ténèbres, mais juste les lumières qui scintillent en leur sein. Si on regarde bien, la nuit, les cieux sont plein de petites lumières. D-ieu les a déposées là pour nous montrer le chemin, pour nous faire comprendre que même dans les cieux les plus sombres, il existe toujours “une frange d'or”...

Une naissance, des examens qu'on va réussir avec panache....... la vie quoi .... plein d'étoiles d'or sur notre route… On dit : “Merci mon D-ieu…”

Patricia Guedj

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