jeudi 26 mai 2011

Lettre d'un Ben Noa'h


D-ieu de l’univers,

Il est présomptueux de T’adresser nos prières dans nos langues respectives altérées par les générations d’exil et de péché.

Nous ne sommes rien sans Toi et sans Israël, face aux générations de Saints et de Justes, d’enseignants et d’étudiants de Ta loi, de victoires ou de sacrifices, de bâtisseurs et de protecteurs de Ton peuple.

Mais tant de ’hessed se lit parfois dans nos vies, et combien cette manifestation de Ta présence pourrait rester à nos côtés.

Ta puissance s’est révélée à la création du monde, mais face à son simple reflet, nous sommes aveuglés et pitoyables.

Nos générations ont commis des fautes sans limites, mais nous n’en retirerons aucune fierté malsaine, plus raffermis encore par la crainte et l’amour du Créateur que par l’espoir du Monde futur.

Tu ne nous donneras paix intérieure et sécurité que lorsqu’elles seront sur Israël tout entier,

Quand le temps sera venu pour Toi de voir s’éclairer ou disparaître nos esprits tortueux prompts à enfreindre Tes commandements.

Seule Ta royauté peut tout changer dans nos vies sans la destruction et la souffrance dont nous sommes tributaires.

Si seulement notre émouna (foi) était éternelle, si elle progressait chez chacun jusqu’au sommet des pouvoirs dans ce monde à Ta merci…

Certains qui s’efforçaient de T’honorer sont à terre, pris entre le mal et Ta justice, tombés de l’Europe au Japon hier, du Maroc à la Judée-Samarie aujourd’hui, plongés dans le chaos des successeurs d’Ismaël et d’Esaü.

Or, dans l’épreuve, ils ont renforcé leur confiance et tenu leur place comme une forteresse.

Nous savons dès aujourd’hui qu’ils seront présents lorsque Ta création entrera – ainsi que l’enseigne la tradition de Ton peuple, héritage le plus respectueux de ce que tes créatures peuvent accomplir par Toi de juste, beau et complexe – en accord avec Ton œuvre et Ta volonté.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de 'Haya bath Rivqa.  

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dimanche 6 mars 2011

Bnei Noa'h : l'amour d'Hachem


Les rabbins Josy Eisenberg et Michael Azoulay ont récemment commenté, dans une émission religieuse bien connue, le commandement de la Tora : « vous ne vous tailladerez point » qui met en garde contre des coutumes idolâtres.

Aucune atteinte à sa vie ou à son intégrité physique n’est ainsi permise pendant le deuil.

Or, s’il est légitime d’agir face aux persécutions, aucun deuil réel ou figuré ne devrait nous conduire à blesser un autre être humain.

Une corps et une âme

Chacun d’entre nous est responsable d’une âme et d’un corps créés par D-ieu, mais aussi de toutes Ses créatures quels que soient les failles et les ressentiments réciproques (imaginons ne serait-ce que la réaction d’un père si deux de ses fils s’éloignaient de lui en même temps !)

Nous sommes les uns et les autres sans cesse confrontés à des choix, eux-mêmes conduisant à des actes qui, à leur tour, seront interprétés...

Comment alors juger par nous-mêmes un péché commis par une personne dont nous ne connaissons ni les mérites futurs ou passés, ni les motivations réelles ?

La perte d’un statut social voire celle d’un être aimé ne sauraient justifier les drames familiaux ou professionnels – comme la participation à certains mouvements sans autre mesure ou objectif que l’acquisition d’un pouvoir – qui alimentent chaque jour la presse.

Dans le Liqouté Moharan, Rabbi Na'hman insiste sur le fait que tout événement trouve sa source dans la volonté du Créateur et peut nous révéler ce qui sera le plus approprié à Son service.

De même, en « courant après nos propres fautes » tel le vrai fils du roi de Rabbi Na’hman de Breslev, nous faisons le mauvais choix : nous imaginons le mal à l’extérieur de nous-mêmes plutôt que d’entrevoir la possibilité de prier et de faire téchouva

Je me souviens de la phrase célèbre de l’auteur français de « Lettre à un otage »: « Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.»

Ainsi, Juifs religieux et Bnei Noa’h ne se rejoignent-ils pas dans une fascination temporaire, mais dans un amour commun pour l’Eternel.

Or lorsque cet attachement parvient à un certain niveau, il en résulte aussi une compréhension plus grande de la justice et de la complexité de Sa création.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Israël ben Sara.  

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mercredi 22 décembre 2010

Bnei Noa'h : les pour et contre d'une conversion (1)

Noah's Routemaster

(Yann Caro - lui-même un Ben Noa'h - a eu la gentillesse de partager avec nous ses réflexions à propos d'une éventuelle conversion au judaïsme. Dans ce premier article, il présente les arguments favorables à cette conversion. Dans un second, il présentera les arguments défavorables.)

Bnei Noa’h : ce qui peut conduire à une conversion

Le judaïsme ne prône pas la conversion afin d’empêcher toute décision irréfléchie qui engagerait des obligations nombreuses et définitives.

Celui qui parvient à « adhérer à la Tora » possède donc une foi en D-ieu élevée qui le rend à même de comprendre ces difficultés.

Ainsi Ruth, bien que découragée et incomprise, reste aux côtés de Naomi non en raison de ses sentiments mais parce qu’elle sait que vérité et bénédiction ne peuvent être issues que du D-ieu unique d’Israël.

Une attitude semblable à l’égard des candidats à la conversion, alliée à un respect pour les non-juifs suivant une voie juste, n’a cessé d’être prônée par les sages de la Tora… ce qui aura toujours été un bien.

Il suffit de se rappeler les actes qui ont accompagné ou accompagnent les tentations des églises et de l’islam d’imposer une religion uniformisée… et de permettre à certains d’exercer sans mesure le pouvoir correspondant. De même, les communautés juives médiévales, qui devaient fréquemment faire face à une majorité hostile, pouvaient souffrir d’une conversion demandée en leur sens.

Mon expérience m’a cependant amené à comprendre pourquoi d’autres non-juifs, qui pouvaient en tant que tels contribuer à l’avenir de l’humanité en honorant les Sept lois noa’hides, rejoignaient finalement le Klal Israël.

La capacité à percevoir la vérité de la Tora est ce qui unit, outre le respect des lois qu’elle leur impose, Juifs religieux et Bnei Noa’h.

Cependant, ce qui différenciera le converti pourra être, outre une affection sincère envers le Peuple juif et l’amour de l’étude, la possibilité réelle d’observer 613 Mitswoth.

La situation d’un Ben Noa’h peut en effet être vécue douloureusement : incompréhension de son entourage, propos manichéens concernant les origines, sentiment d’être « étranger » à des préoccupations plus superficielles, même valorisées culturellement…

Nous vivons une époque presque universellement permissive, au sens où beaucoup envisagent le développement des sciences et des techniques comme un simple moyen pour accéder à l’absence de limitations morales des « élites » du passé… ce qui ne peut faire de leur mode de vie également qu’une source de souffrances et d’indignité.

Or, en l’absence de suivi par un rabbin ou de liens avec d’autres Noa’hides, l’abandon de tout espoir de conversion ne comporte-t-il pas le risque de s'éloigner progressivement de D-ieu au point d'enfreindre certaines des Sept lois ?

Sans aller évidemment jusqu’au vol ou à des actes inhumains, quelles barrières subsistent-elles, dans un milieu athée (ou divers religieusement), contre l'adultère ou la participation à une cérémonie ayant une connotation idolâtre ?

Il peut s’avérer plus difficile ou moins important pour une personne cachant sa spiritualité de se justifier.

Mais D-ieu peut aussi rester présent, le respect que l’on s’accorde finissant alors par s’imposer autour de soi. C’est à ce niveau que se rejoignent Juifs et Bnei Noa’h qui ont renforcé leur émouna (foi).

Yann Caro

Suite...

(Pour lire d'autres articles par Yann Caro, cliquez ici.)

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mercredi 1 décembre 2010

Bnei Noa'h : premières réflexions

Star of David in Synagogue Groningen 1

Je vis à Paris et j’ai récemment découvert l’abondance de textes consacrés aux Bnei Noah. Si j’avais résidé au cœur de Tel Aviv et découvert en toute objectivité le monde des Haredim ainsi que la sincérité de l’exigence morale comme des attentes pour toute l’humanité de la tradition juive, le pas accompli aurait été, je pense, comparable.

Une évolution ancrée dans le temps

Ce cheminement s’est bien sûr accompli sur plusieurs années, marquant de véritables victoires sur ce qu’aurait pu être ma vie sans un espoir dans la vérité du judaïsme. J’ai connu parfois aussi des défaites douloureuses face à mes exigences et par conséquent mes espoirs à moyen terme. Cependant, il portait enfin un nom.

Il faut reconnaître que contre toute vraisemblance et face notamment à mon rapport à la société dans laquelle je vis, je continue à espérer en une conversion. Mais l’attente d’aboutissements le plus probablement situés hors de notre vie actuelle fait partie intégrante du religieux. Dans le judaïsme, il s’agit de l’attente messianique et donc de la reconstruction du Temple ; dans des religions dont je comprends de moins en moins la démarche la fin d’un monde créé par D-ieu (à quoi bon alors le progrès et plus encore la violence revendiqués par leurs expressions politiques ?)

Je ne suis loin d’être naïf et j’avoue même au contraire avoir plutôt péché dans le domaine de la contestation. J’ai souvent exprimé ma méfiance face aux dérives d’un monde européen mélangeant idées eugénistes d’un autre temps et culte des apparences. Ce qui signifiait nier le Créateur comme le libre-arbitre pour tout attribuer aux gènes dans l’ignorance totale des notions de bien et de mal, de sagesse, d’intelligence et de connaissance. Et donc du respect pour tout être humain qui le méritait.

Mais j’ai conscience que de la remise en cause d’une idolâtrie supposée à la colère, il y a un pas trop aisé à franchir dans la rigueur de certaines sociétés. Or, je crois profondément non seulement en D-ieu mais en l’avenir du judaïsme orthodoxe comme en la mémoire de la Shoah. Basculer dans l’excès politique serait comme de toucher à l’Arbre de la connaissance du bien et du mal.

Pour ajouter un dernier mot sur ce sujet, je partage l’opinion nuancée de rabbins sur la « société du spectacle » en comparaison de crimes commis au nom d’idoles d’or et d’argent. Dans le passé, j’ai même été accueilli par de véritables Justes dans de tels milieux. Mais mon expérience quotidienne m’amène à m’interroger sur d’autres interdits face à des sociétés devenues invivables au sens propre pour de nombreux êtres humains, ceux-ci finissant par sombrer dans le désespoir et par conséquent dans les pires péchés.

Être noa’hide signifie pour moi de justement établir un barrage contre ces deux formes d’idolâtrie : comme poser un rocher pour arrêter toute haine, puisque nos souffrances surviennent dans un monde livré à une tempête dans laquelle on pourra aussi espérer des changements en tout être humain. Une manière de dire : non, ces sociétés ne sont pas parfaites, mais je me souviens de l’influence qu’a pu avoir le judaïsme sur le monde non-juif ; des familles unies dans le respect d’un monothéisme réel, de toute les manifestations de 'hessed, du développement intellectuel et éthique de l’humanité qu’il a favorisé, voire de cette étincelle de sainteté qui est parvenue jusque dans d’autres courants politiques et religieux.

Tolstoï n’a-t-il pas réagi au massacre de Kichinev ? Les Dix tribus perdues n’ont-elle pas essaimé selon certains jusqu’en Inde ? Même la Chine finira par accepter une société plus juste afin de pouvoir commercer avec le reste du monde sans l’appauvrir tout entier.

Il nous faut nous souvenir aussi du bien. Et je crois qu’une étude minimale des Textes peut, au moins dans certains cas, le servir. Cette idée est très discutée, mais dans les Lois noa’hides, figurent l’interdiction de l’idolâtrie, du meurtre, du vol, de la dépravation et de toute autre forme de cruauté. Pas explicitement celle de l’Étude. Il s’y exprime bien au contraire la reconnaissance du Créateur de l’univers. J’oserai humblement ajouter le rejet du nihilisme, l’établissement de tribunaux supposant elle-même une éthique véritable et immuable.

Yann Caro, France

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