vendredi 25 février 2011

Paracha Vayakhel : étudier mais agir !


Cette section de la Tora est consacrée dans sa plus large part à la construction du Mishkan.

Les Sages de cœur

Bien que l’ensemble du peuple participe à l’élaboration du Sanctuaire du désert en fournissant les matières premières nécessaires, ceux qui vont travailler ces matériaux afin de les rendre utilisables pour la construction font partie d’une certaine élite. Ils sont appelés en hébreu «’hakhmé lev », les Sages de cœur.

Harmoniser cœur et intellect

Cette expression semble à première vue paradoxale, car intellect (‘hokhma) et sentiment (lev) sont tellement opposés ! Parfois, on se retrouve dans une situation où il faut garder son sang-froid, sans se laisser emporter dans les vagues de l’émotion … D’autres fois, il semble vital de faire parler son cœur, en réprimant sa propre analyse intellectuelle froide …

Le désir de D-ieu : l’harmonie de l’homme

Hachem nous demande de créer une résidence dans lequel Sa Présence pourra résider. Un Sanctuaire de paix où l’homme saura, avec mesure, se servir de son cœur et de sa sagesse pour servir son Créateur.

Nos maîtres nous enseignent, à propos de la sagesse de la Tora : « Si tu l’as acquise, que te manques-t-il ? Et si elle te fait défaut, que possèdes-tu ? » (Nédarim 41:a). D’un autre côté, il est rapporté dans la Guémara Bérakhoth (5:a) : « Ra’hamana liba baé », Hachem désire le cœur. Une Tora sans cœur, sans ferveur, sans actes de bonté, n’est pas une vraie Tora, et à l’opposé, des sentiments débridés ou mal contrôlés sont aux antipodes du but à atteindre.

L’homme et ses deux tendances

L’homme possède en lui une tendance qui le pousse à donner, à apporter, à aimer. Mais il possède aussi une autre tendance : celle de retenir à lui, de garder à soi, de se restreindre. Ces deux aspects de sa personnalité doivent agir de concert dans sa propre construction.

Analyse d’un verset de la paracha

C’est ce à quoi fait allusion le verset suivant (Ex 36:8) : « Les plus habiles parmi les ouvriers composèrent les dix tapis du Sanctuaire, en lin retors, étoffes d’azur, de pourpre et d’écarlate, artistement damassés de chérubins ». Reprenons un par un les mots du verset.

Qui donc est le sage de cœur ?

Le verset débute par l’expression « Vayaassou khol ‘hakham lev. » On se serait attendu à un pluriel pour désigner les « Sages de cœur » qui vont exécuter les tapis ! D’autant que le verbe « vayaassou » signifie « ils feront.»

En fait, l’homme qui se construit doit intégrer « ‘hakham », son penchant à apprendre pour s’enrichir personnellement, à « lev », son élan à donner, son enthousiasme, pour en faire un tout (sens du mot kol) harmonieux.

Ya'aqov et 'Essav : deux façons d’être

Quand Ya'aqov rencontre son frère 'Essav, il lui dit : « yech li kol », j’ai tout ce dont j’ai besoin, « ki ‘hanani Elokim », car D-ieu m’a favorisé (Gen 33:10). Autrement dit, la force de Ya'aqov réside dans sa capacité à reconnaître que tous ses biens proviennent d’Hachem.

Il représente l’homme de l’étude (‘hakham), sachant dispenser le bien autour de lui (lev) comme il le fait en bénissant ses petits enfants Efraïm et Ménashé. A l’opposé, le personnage d’'Essav constitue l’archétype de l’homme déchiré entre deux tendances.

Il y a d’un côté l’intellectuel froid (‘hakham) et de l’autre, celui qui fonde sa vie sur la recherche incessante des plaisirs (lev).

La preuve par les mots du verset

Ces deux visions opposées du monde correspondent aux premiers mots du verset qui nous préoccupe. En effet, le mot « vayaassou » - ils feront - peut se lire « Vay ! 'Essav ! » Hélas ! 'Essav ! Le verbe est au pluriel car 'Essav est incapable d’établir une harmonie durable entre les deux tendances de son être. 

Par contre, l’expression suivante « kol ‘hakham lev » est au singulier car Ya'aqov, celui qui a dit « yech li kol » a si bien intégré en lui ses deux mouvements qu’ils ne forment plus qu’une seule et même force, au service d’Hachem.

« Béossé hamélakha » : les ouvriers, ceux qui font le travail. Il s’agit de Ya'aqov et d’'Essav. L’un travaille pour le monde à venir, et l’autre pour ce monde éphémère …

L’ultime destinée d’'Essav

Le mot « béossé » renvoie au mot « vayaassou ». Les lettres de « béossé » sont beit-aïn-sin-yod. Combinées dans un autre ordre, elles forment l’expression « ‘ass bi », la mite est en moi. Une formule étrange qui rappelle l’ultime destinée d’'Essav, comme expliqué par le Ben Ich Hay, dans son commentaire. 

Dans la Tora, il existe une occurrence où le mot Ya'aqov est écrit avec un vav (écriture pleine ou malé), dans un verset (Lev. 26:42) où Hachem nous promet : « Je me souviendrai de mon alliance avec Ya'aqov ». Mais d’où vient donc ce vav supplémentaire ? 

Le Ben Ich Hay nous enseigne que le Maître du monde la retirera de 'Essav qui s’écrit aïn-sin-vav : il ne restera de lui que les lettres aïn et sin qui forment « ‘ass », la mite … Le mot qui suit « béossé » est « hamélakha ». Ce mot peut être lu : « hamalakh H’ », le messager de D. C’est Ya'aqov qui a choisi la spiritualité, les Justes étant appelés « messagers » (cf Mal 2:7). De façon plus profonde, le mot « mélakha » contient les mêmes lettres que « maakhal », la nourriture …

À table !

Car c’est bien à table que se distinguent Ya'aqov et 'Essav. 'Essav n’est jamais rassasié : il ne mange pas, il avale, comme l’atteste la Tora (Gen 25:30) : « Laisse-moi avaler de ce rouge, de ce mets rouge … ». Nos maîtres nous enseignent que le travail principal de rectification des étincelles de sainteté s’effectue … à table ! 

En adoptant un comportement adéquat, en bénissant le Créateur avant et après consommation, et en agrémentant son repas de paroles de Tora, il devient possible de raffiner la matière en rattachant l’élément spirituel contenu dans l’aliment à sa source, Hachem. C’est tout le travail de Ya'aqov

Ces deux comportements opposés se retrouvent dans le mot « béossé » : ses trois premières lettres beit-aïn-sin forment le mot « essev », l’herbe des champs, (une nourriture animale) mais aussi « savéa », rassasié (comme dans le verset (Deut. 8:10) : « tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras Hachem »).

La lettre youd restante est apparentée à Yehouda, dont le nom est lié au remerciement « hodaah », mais elle peut être lue à l’envers « dévay », la douleur. On obtient ainsi deux axes de lecture :

1) 'Essav - essev - dévay
2) Ya'aqov - savéa - youd.

Homme et Matière : quoi faire ?

Face à la matière, quelle attitude l’homme doit-il adopter ? L’homme doit-il chercher à se l’approprier, en la faisant devenir la cible de tous ses désirs ? Ou doit-il au contraire l’utiliser pour mieux servir Hachem ? Les réponses à ces questions définissent deux modes de vie opposés, incarnés par deux hommes : 'Essav et Ya'aqov.

« èt hamishkan » : le Sanctuaire. Notre propre construction personnelle passe par « èt », écrit aleph-tav. Il s’agit du langage, de aleph, la première lettre, jusqu’à la dernière, le tav.

La pratique des lois pour se construire !

Faire résider la Présence divine dans ce monde relève de l’utopie si l’homme se borne uniquement à réfléchir sans concrétiser ses pensées par des actes. C’est pour cette raison que suivre la loi juive ou halakha est si importante !

En réalité, préparer une résidence pour « hakala », « la Fiancée », surnom poétique de la Chékhina dans notre Tradition passe obligatoirement par l’étude et la mise en pratique des lois du judaïsme (en hébreu « hakala » et « halakha » ont les mêmes lettres). D’après cette lecture, le travail ou « hamélakha » demandé lors de la construction du Mishkan signifie aussi « èm-halakha », selon une combinaison de lettres, qu’on peut traduire par « mère » ou fondement de la halakha.

Mais que se cache-t-il sous les tapis ?

Voyons en quoi les 10 tapis et leurs composantes sont reliés à la loi juive.

Tout d’abord, la Tora nous parle de 10 tapis. Le nombre 10 correspond en hébreu à la lettre youd. Semblable à un point, elle est la plus petite des lettres de l’alphabet hébraïque. Si l’on écrit son nom comme elle est épelée, on obtient alors trois lettres : youd-vav-daleth. Elles constituent autant d’étapes conduisant à la détermination de la loi juive ou halakha

En effet, le youd fait allusion aux 10 paroles du Sinaï, fondement de la Tora écrite. La lettre suivante, vav, de valeur numérique 6, rappelle les 6 ordres de la Michna, fondement de la Tora orale. Enfin, la lettre Daleth, qui vaut 4, est à mettre en parallèle avec les 4 coudées de la halakha. Le déploiement dans l’espace de la lettre youd [ on part du point (youd), en passant par la ligne (forme du vav) pour arriver au plan (forme du daleth) ] nous conduit inéluctablement vers … « yériot », les tapis proprement dit.

Ce mot employé par la Tora a la même valeur numérique (690) que celle de « Choul’han 'Aroukh », le code de loi !

Tapis : mode d’emploi

La Tora nous révèle ensuite les éléments entrant dans la composition de ces tapis. En d’autres termes, les « matériaux » nécessaires pour arriver à la décision légale.

Tout d’abord « chech moshzar » : le lin retors. Le mot « chech », lin, signifie aussi le nombre 6 en hébreu. Il constitue une allusion à la Tora orale, basée sur les 6 ordres de la Michna.

« Moshzar » a la même valeur numérique que l’expression « ‘oz Tanakh », la force du Tanakh. Il faut donc créer un lien puissant entre les versets du Tanakh, la Tora écrite, et la Tora orale, représentée par la Michna.

Le Bleu d’azur, où l’harmonie entre l’écrit et l’oral

Cette union est réalisée par «le tékhélet », les étoffes d’azur. En effet, le mot « tékhélet » s’écrit tav-kaf-lamed-tav. Les deux lettres « tav » sont une allusion aux deux « torot », la Tora écrite et la Tora orale. Elles sont la seule source d’inspiration pour l’émergence de décisions halakhiques puisqu’elles représentent la totalité du message divin. C’est pourquoi les lettres centrales du mot « tékhélet » soit kaf et lamed, forment le mot « kol », tout, comme l’enseigne dans les Pirké Avoth (5,25) le Sage Ben Bag bag : « tourne et retourne la Tora, car elle contient tout ». Une fois que Michna et Tanakh sont solidement reliés, il faut maintenant comprendre la façon dont les « fils » de sagesse sont entrelacés : c’est ce à quoi la pourpre ou « argaman » permet d’accéder.

Guémara, quand tu nous tiens

Il s’agit de l’étude de la Guémara. En effet, le mot « véargaman » mentionné dans le verset s’écrit de la façon suivante : vav-aleph-resh-guimel-mem-noun.

Les 4 lettres centrales du mot, mises dans un autre ordre, composent le mot « guémara ». De plus, les lettres périphériques sont le vav (6) et le noun (50). Si on ajoute à 56 ( la somme du vav et du noun ) les 4 lettres centrales, on aboutit à 60, qui correspond au nombre de traités du Talmud.

Qui sert D-ieu ? Celui qui répète encore et encore son étude

Le Talmid ‘hakham authentique, expert dans la sagesse du Talmud, prend sur lui le joug de l’étude des deux « torot », jour et nuit. Ceci correspond à «vétolaat chani », « et l’écarlate ». En effet, les lettres de « vétolaat » forment l’expression « ’ol tav - tav », soit le joug des deux « tav », la Tora orale et la Tora écrite.

Cette étude acharnée passe par la répétition incessante de son étude : ceci correspond à « chani », relié au verbe « chana », répéter. C’est de cette manière qu’on acquiert la Tora.

Et après tout cela, en route vers la connaissance cachée

Lorsque le maître en arrive à circuler avec aisance dans toutes les parties de la Tora dévoilée, Hachem lui donne alors accès aux profondeurs de Sa Sagesse : il s’agit de l’étude de la Kabbala. Une allusion à cela se trouve dans la suite du verset : les tapis sont damassés de représentations de chérubins ou « kérouvim ». Elles rappellent que ces créatures célestes gardent les abords de l’arbre de vie, c’est-à-dire les secrets de la Tora

Bien que le Sage authentique en soit arrivé à percer les mystères les plus profonds de la Tora, il doit se rappeler l’enseignement de Chim'on, le fils de Rabban Gamliel, à savoir que « eïn hamidrash ikar éla hamaassé » : « l’essentiel n’est pas dans l’étude mais dans l’action » (Pirké Avoth 1,17). C’est pourquoi la Tora attache le mot « kérouvim » qui représente le plus haut niveau de la Tora, au mot « maassé », l’action !

L’étude n’est pas la finalité !

Une étude qui ne s’inscrit pas dans les actes prescrits par la halakha n’est pas en mesure de porter ses fruits ! Hachem veut faire résider sa Présence parmi nous, dans un Mishkan que nous devons édifier en Son honneur. C’est par les actes que nous ancrons Sa Présence dans notre monde. La valeur numérique de « hamishkan » est la même que « maassé », l’action …

Redonner une âme à nos actions

Mais cette réalisation dans le quotidien ne doit pas se déconnecter de notre intériorité. Autrement dit, nous devons donner du sens à nos actes, et c’est ce que l’étude nous permet de réaliser. Il faut donc attacher solidement « maassé », l’action, à « ’hoshev », lié à « ma’hashava », la pensée, pour former « maassé ’hoshev », l’expression suivante qu’emploie la Tora. Les « kérouvim » représentent la relation à l’autre, à l’instar de ceux qui se trouvaient dans le Saint des saints, et qui étaient en position de face à face.

La fin du verset explique que l’artisan (c’est-à-dire le sage de cœur) a élaboré les chérubins par « maassé ’hoshev ».

Le mot de la fin : vers la Vérité

Autrement dit, toute la finalité de l’étude de la Tora et de sa mise en pratique visent à agir (maassé) avec son prochain (kérouvim) avec droiture et honnêteté, sans arrière pensée (’hoshev). Tel était le dérekh, la voie qu’empruntait Ya'aqov notre patriarche, dont la qualité principale était la recherche de la Vérité.

Les mots « ’assa otam », il les a faits, qui finissent le verset, peuvent se lire « ’assa émet », il a bâti le émet, la Vérité.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Israël ben Sara. 

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vendredi 18 février 2011

Paracha Ki Tissa : gare au doute !



Cette section présente la faute du veau d’or, le eguel hazahav.

Aujourd’hui, il peut paraître inconcevable, dans les sociétés modernes, de se prosterner devant une vulgaire statue et pire, éprouver un vif plaisir à le faire. Dans l’antiquité, c’était chose courante ! Les Sages expliquent que les enfants d’Israël durant leur long séjour en Égypte, avaient été touchés par l’idolâtrie ambiante, à tel point qu’il est dit que si la délivrance avait été retardée d’un simple instant, ils n’auraient pas été sauvés.

C’est dire le degré d’assimilation qui pouvait y régner ...

Mais il reste la foi

Pourtant, bien que « nageant » au milieu des statues, ils avaient conservé un certain degré d'émouna, de foi.

Un petit peu comme une personne enfouie dans la boue jusqu’au cou, mais qui ne désespère pas que quelqu’un vienne à lui tendre une main secourable. Promesse d’un mieux-être. Promesse de liberté.

Une naissance éprouvante

Mais l’accouchement est dur et éprouvant : bien que nos ancêtres aient assisté de leurs yeux aux 10 plaies, ainsi qu’à l’ouverture de la mer des Joncs, malgré tout, l'émouna en Hachem n’est pas totale.

Hachem a ouvert la mer, mais peut-Il nous donner à boire ?

Et s’Il peut nous donner à boire, peut-Il nous donner à manger ?

Et peut-Il nous guider ?

Sois content de ton sort !

Toute la problématique de l’érection du veau d’or est relié à l’impatience, et à l’insatisfaction. Les enfants d’Israël avaient été inondés de lumière au mont Sinaï, lors du don de la Tora. Mais Hachem avait un objectif : que nous fassions des efforts vers Lui. « Je ne te donne pas encore ma lumière, Je te la fais seulement goûter ... La trace que J’ai laissé dans ton âme te poursuivra, où que tu sois. Tu te rappelleras alors de Moi, avec nostalgie. »

Papa, maman et fiston

Le moindre effort que fait bébé pour se mettre debout est regardé avec grande attention par papa et maman. Puis papa prend la main de bébé et le fait avancer de quelques pas. Il tient d’abord la petite main, de ses 5 doigts, puis petit à petit, en lâche un, puis deux,... jusqu’à ce que bébé se tienne seul et avance de lui-même. Seulement, après avoir fait quelques pas prometteurs, bébé aurait voulu être encore accompagné : tout à coup, il se met à pleurer et tombe.

Pendant quelques secondes, bébé a cru être abandonné.

En réalité, papa et maman veillaient toujours sur lui, prêts à le ramasser en cas de besoin, même s’ils ne lui tenaient plus la main.

Ce qu’il s’est passé au Sinaï

De même, les enfants d’Israël avaient vécu dans une grande proximité d’Hachem, sous l’égide de Moché Rabénou, ’alav hashalom. Mais voilà que Moché doit partir, en quête de la lumière du Sinaï, qu’il doit conquérir, pour lui et tout le peuple. Bien sûr, il doit revenir, il l’a promis.

Mais la solitude et l’impatience guettent Israël. Le passé routinier (éguel le veau est lié au mot igoul cercle) les rattrape et leur fait ployer le cou devant l’idole. En réalité, seul moins d’un demi pour cent servira vraiment le veau.

Espoir, espoir !

Tout se joue au moment de l’épreuve elle-même. Et c’est à cet instant précis qu’il faut se dire : je ne suis venu ici-bas seulement que pour cet instant, triompher de ma propre nature, et repousser les fautes du passé, qui tels des spectres ténébreux, m’environnent et m’enserrent pour me faire trébucher.

Alors, un rayon de lumière, pâle tout d’abord, puis de plus en plus brillant, perce les voiles sombres et délivre l’âme de son épreuve.

Une erreur d’analyse !

Ceux qui ont trébuché n’ont pas compris qu’Hachem ne les abandonnerait jamais : Il serait toujours là, à leurs côtés, pour les guider, et leur fournir tout le nécessaire. De plus, se rappeler de la grande bonté du Créateur à notre égard nous préserve de tomber dans ce piège de l’attente et de la solitude.

Merci Hachem !

Merci Hachem pour tout ce que Tu fais pour nous à chaque instant, toujours !

Merci Hachem d’avoir une maison chauffée dans laquelle je me sens bien.

Merci Hachem pour les vêtements chauds qui me préservent du froid.

Merci Hachem pour les milliards de cadeaux que Tu nous fais gratuitement, alors que nous sommes loin de les mériter !

Merci Hachem, tout simplement.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Israël ben Sara. 

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vendredi 11 février 2011

Paracha Tetsavé : des vêtements pour nous réparer


Cette section de la Tora est consacrée aux vêtements du Cohen gadol, le grand prêtre. J’en profite donc pour vous donner quelques idées sur le concept de vêtement.

C’est pas tes oignons

Ma mère a récemment acheté des oignons. De drôles de légumes : en les coupant par la tranche, on y voit toute une série de couches concentriques, celle supérieure entourant celle qui lui est immédiatement en dessous. Et ainsi de suite...

Si on part de la base de l’oignon, son coeur en quelque sorte, on peut dire que chaque élément concentrique sert de vêtement au précédent.

Oignons et Création

De la même façon, la Tradition enseigne que le Créateur créa le monde en dissimulant progressivement Sa lumière. Elle était si intense qu’aucune créature n’aurait pu la recevoir et exister. Il fallait donc diminuer l’intensité de la lumière pour qu’elle soit supportable par les créatures. Un peu comme l’indispensable paire de lunettes sous un soleil de plomb, en plein été...

Par rapport à notre oignon, plus on s’éloigne de la base (source de la lumière), plus la lumière est cachée et plus difficilement perceptible. En périphérie, les voiles sont plus abondants, et donc plus obscurs.

Vers le sens du vêtement

Ainsi la fonction première du vêtement est de cacher, dissimuler. Dans le jardin d’Eden, Adam et ‘Hava firent les premiers l’expérience du vêtement. C’était après la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.Dans un premier temps, « alé téénah », des feuilles de figuier, puis par la suite, Hachem leur fit des « cotenoth ‘or », des tuniques de peau.

Lumière ou Peau ?

Rabbi Méir disait que dans son séfer, il était écrit peau, ‘or, avec un aleph et non un ‘aïn. Dans ce cas, « cotenoth ‘or » des tuniques de peau, devient alors « cotenoth or », des vêtements de lumière. Cet enseignement important nous révèle que la lumière or est cachée, enfouie sous la peau, ‘or.

Autrement dit, l’unité aleph contenue dans le mot or, lumière, se retrouve dissimulée sous la lettre ’aïn, lettre de la multiplicité, lettre du mot ‘or, la peau. On passe du 1 aleph au 70 ’aïn. Un peu comme si la lumière unique était cachée sous ... 70 vêtements !

Des vêtements pour se réparer !

Après la chute, Adam et ‘Hava se couvrent, comme s’ils voulaient réparer ce qu’ils venaient de perdre : leurs vêtements de lumière. Ainsi, on voit apparaître la notion de réparation, Tiqoun en hébreu. Clin d’oeil : l’expression « ’alé téénah » feuille de figuier, a la même valeur numérique que « hatiqoun » la réparation.

Les vêtements du Cohen Gadol

Bien plus tard, les vêtements du Cohen gadol serviront aussi à réparer certains manquements comme indiqué :

1) ’hochen mishpat le pectoral du jugement : perversion de la justice,

2) l’éphod sorte de tablier : idolâtrie,

3) le mé’il sorte de robe : atteinte au niveau du langage,

4) kétonet la tunique : meurtre,

5) mitsnéfet le turban : orgueil,

6) avnét la ceinture : pensées étrangères,

7) mikhnasaïm le pantalon : immoralité,

8) tsits plaque frontale : insolence.

Garde tes yeux : garde ton âme !!!

À propos de la pudeur, toute la force d’'Amaleq notre ennemi juré est centré sur le regard. Car les lettres de ‘Amaleq forment les mots maleq-’aïn, rompre (maleq) l’oeil ('aïn). Les vêtements s’offrent les premiers au regard d’autrui. Toucher à la pureté du regard, c’est attenter à l’âme elle-même, et lui faire perdre de sa vitalité.

La grande récompense

À l’inverse, notre Tradition nous enseigne que celui qui préserve ses yeux d’une vision inconvenante est appelé Juste, Tsadiq, et une partie de son âme est introduite au gan Eden !

Voir la lumière dans l’obscurité : la pureté du regard

Ainsi, voir la lumière au sein des ténèbres, dépend de la sanctification de notre regard.

Car bien souvent, de notre regard, dépendent nos pensées et de nos pensées... tout dépend ! Car celui qui corrige ses pensées transforme tout en positif, et remporte la victoire contre ‘Amaleq.

L’Histoire : un immense vêtement

Sur un autre registre, Hachem habille sa main dans les événements qui nous adviennent. Ce qui fait penser à la méguilath Esther, dans laquelle n’apparaît pas le Nom divin. Et pourtant... L’histoire miraculeuse du sauvetage de nos ancêtres des mains du perfide Haman est clairement guidée depuis le Ciel ! Ainsi, on peut se permettre de dire que toute la méguilath Esther est un vêtement tout entier tissé pour abriter, tel un écrin somptueux, le Nom d’Hachem

Clin d’oeil : Esther l’héroïne principale de l’histoire peut se lire Aleph- Siter : le Aleph est caché. Et nous avons vu plus haut que le Aleph était relié à la lumière...

D-ieu est là, près de toi 

L’exil nous force à soulever le voile des événements et d’apprendre, à travers les prétendus aléas de l’Histoire, tant collective que personnelle, qu’une main dirige le monde entier.

Le mot de la fin : Ne t’arrête pas à l’apparence, vois au-delà !


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Julien ben Patricia. 

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vendredi 4 février 2011

Paracha Térouma : une sainte construction

Kiwi's heart  (or kiwifruit's heart :)

Avec la paracha Térouma, nous voilà donc entrés dans la première section de la Tora traitant du Tabernacle, le Mishkan. Il est intéressant de constater la multitude de détails indiqués dans la Tora, concernant chaque élément, depuis les dimensions de l’Arche d’Alliance, jusqu’à la taille des différentes planches: un vrai plan d’architecte !

Il est clair que ceux qui ont participé à l’édification du Mishkan en avaient besoin, mais, plus de 3 millénaires après, quelle peut être la portée de tout cela ?

Le cœur : c’est la clé !

Pour mieux comprendre le Mishkan, nous avons besoin d’un mot : "lev", le coeur. La Tora décrit ceux qui élaborent les différents éléments du Mishkan comme des "‘hokhmé Lev", « des Sages de coeur ».

Étrange expression, quand on sait que la ‘hokhma (sagesse) désigne surtout l’intellect ! Que viennent faire ici les sentiments, symbolisés par le lev (le coeur) ?

« Véassou li mikdash, véchakhanti bétokham » (« Ils me feront un Sanctuaire, et je résiderai parmi eux ») (Ex. 25,8).

Non seulement au milieu des enfants d’Israël, mais plus profondément, à l’intérieur de chaque fils et de chaque fille d’Israël, car "bétokham" veut dire aussi en eux.

Construire sa vie avec D-ieu !

Ainsi, construire un édifice pour la Chékhina (la Présence divine), reflète un édifice plus intime de notre être : binian halev, la construction du coeur. Et c’est à ce stade qu’intervient la sagesse, ‘hokhma. La patience est sagesse mais l’impatience est folie. Car la construction se fait lentement, progressivement. 

Clin d’oeil : les lettres du mot ‘hokhma placées dans un ordre différent composent le mot "mé’haké", celui qui patiente. Ainsi, la sagesse du coeur est avant tout patience du coeur. Tout le défi consiste à lier intellect et sentiment, ‘hokhma et lev. Rechercher l’unité. Rechercher le Aleph.

La preuve par les nombres

Le Mishkan (Sanctuaire), était situé à l’intérieur d’un parvis (‘hatser). Le parvis était délimité par des piliers (‘Amoudim) au nombre de 56. D’autre part, les murs du Mishkan étaient constitués par des planches (Krashim) au nombre de 48.

Aux piliers extérieurs il fallait ajouter 9 piliers faisant partie du Mishkan, 5 piliers à l’entrée pour soutenir le rideau Masakh, et 4 autres plus internes, soutenant le Parokhet, rideau de séparation entre le Saint des Saints où se trouvait l’Arche d’Alliance, et le reste du Mishkan, appelé Saint. Il y avait donc au total 48 planches et 65 (56 + 9) piliers.

En hébreu, les mots sont aussi des nombres.

‘Hokhma (la sagesse) équivaut à 73. Lev (le coeur) équivaut à 32. Le lien (égued) équivaut à 8. Total : 73+32+8=113.

Quand on fait la somme des 48 planches et des 65 piliers, on obtient ... 113 ! Mais en hébreu, les nombres sont aussi des mots... 113 équivaut à l’expression « binian aleph » construction du aleph.

Harmoniser intellect et sentiment : le défi d’une Prière sincère

La lettre aleph contient 3 parties : une partie supérieure (Ps) ayant la forme d’un yod, une partie inférieure (Pi) ayant aussi la forme d’un yod, et une partie médiane (Pm) servant de jonction.

Ainsi, Ps = ‘hokhma (sagesse),
Pi = lev (coeur),
Pm = égued (lien).

Tout ceci est le secret de la Téfila. Car la prière nécessite de faire adhérer intellect et sentiment : comprendre les mots de la prière (sagesse) tout en sachant y placer son coeur (lev), et lier ces deux aspects par la parole (égued, le lien).

Parvenir à équilibrer intellect et émotion, en leur apprenant à travailler ensemble, c’est reconstruire le aleph, kéli pour la réception de la Chékhina (Présence divine).

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Israël ben Sara. 

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vendredi 28 janvier 2011

Paracha Michpatim : de l'idée à la naissance

Toscane, le blé en gerbes

« Quand un feu jaillit et trouve des épines et dévore une meule de blé ou la moisson ou le champ d’autrui l’auteur de l’incendie sera tenu de payer.» (Exode 22:5)

Pour dynamiser une entreprise par exemple, il faut partir d’une idée. Et avec cette idée se développe un projet qui finit avec succès par se concrétiser dans la réalité.

Quand les idées font penser à une grossesse

Cette expansion de l’idée initiale fait penser à une grossesse. La jeune femme enceinte porte en quelque sorte un projet commun, qui se développe dans un premier temps à l’abri des regards et puis, neuf mois plus tard, bébé vient au monde. Auparavant, durant les mois de grossesse, le futur enfant était en gestation, à l’état d’ébauche. Puis petit à petit, mois après mois, l’embryon se construit et finit par atteindre de par sa taille et sa maturation un état où il devient impératif de poursuivre le processus ... à l’extérieur ! C’est la naissance.

Début des soucis pour papa et maman et découverte du monde pour notre jeune bambin ... qui grandit, grandit, grandit, en taille, force, et maturité , tant bien qu’il finit lui aussi par créer un projet commun, et ainsi de suite, ...

Enfanter des idées

Avec les idées, c’est la même chose. Tout démarre d’un « eurêka ! » Une petite étincelle traverse notre esprit et se retrouve retenue par notre intellect. Ceci est comparable au gamète mâle qui vient trouver l’ovule pour le féconder.

Du point de vue de la terminologie classique, l’étincelle se nomme ‘hokhma ( sagesse - masculin) et l’intellect qui la retient se nomme bina ( intelligence - féminin). À partir de là, il faut effectuer un travail de maturation et d’embellissement (tiféret) de l’idée : y apporter des éléments nouveaux, la comparer à d’autres travaux, y déceler les implications. C’est la grossesse de l’idée : elle prend du poids ! Mais elle n’est encore que dans la tête de celui qui l’a conçu, potentiellement, mais pas encore en acte. Grossesse de l’idée, mais pas encore naissance.

Enfin la naissance !

Car avec la naissance s’ouvre une nouvelle perspective : celle de concrétiser l’idée. Et c’est là qu’intervient la relation à autrui. Ne pas jouer « perso », mais au contraire partager des idées. Les idées pour vivre et s’épanouir, ont besoin d’échanges, de communication. Sans dialogue, sans parole, l’idée ne fait pas... long feu !

Enfin, quand l’idée, par des échanges incessants, grandit, grandit, grandit, elle devient un concept, comme un arbre géant aux multiples bras (malkhouth), qui régnerait sur une forêt d’idées plus petites. C’est alors qu’elle devient mature pour rencontrer une autre idée qui lui ressemble, et , par leurs étincelles mises en commun, redonner... de nouvelles idées !

Il était une fois un champ de blé

Tout ce qui a été dit plus haut est inscrit allusivement dans le verset précité. Épines, Meule de blé, Moisson, Champ, ces 4 éléments représentent les étapes de développement de l’idée. Pour comprendre ceci, il faut se représenter une seule lettre : la lettre Youd י ») Son nom, Youd , s’épelle : Youd Vav Daleth. Elle ressemble à un petit point, avec une sorte de pointe à l’extrémité. La Tradition la perçoit comme le symbole de la Sagesse, et aussi comme la petite goutte à l’origine du futur enfant.

Quand les idées prennent forme

Voilà donc le commentaire : une pointe en hébreu se dit Kotz, et c’est le même terme que la Tora emploie ici pour parler d’épine. Il représente l’étincelle de l’idée. La meule de blé est ronde, comme la lettre youd qui a la forme d’un point. Les épis en gerbe de la moisson se disent Kama, car ils sont dressés, comme la forme de la lettre vav, qui ressemble à un épi debout. Enfin, le champ représente une surface, tout comme la lettre daleth qui forme un angle droit. Ainsi, on assiste dans ce verset au déploiement de la lettre youd : d’abord pointe, puis point circulaire, puis ligne, puis surface.

L’aspect « biologique » des idées

Côté bio, la pointe représente le début de la fécondation, la meule de blé, c’est la grossesse, où la maman a le ventre bien rond, ... comme une meule de blé. Les épis quand le petit est déjà né et qu’il se tient debout, enfin le champ, quand il est près à fonder un foyer et à s’étendre en « surface », en fondant une famille.

Le parcours d’une idée

Côté idée, la pointe, c’est l’étincelle, le fameux « eurêka », tandis que la meule représente la grossesse de l’idée, encore en potentielle. Les épis sont reliés à une idée qui commence à se concrétiser dans la vie réelle: elle tient la route.

Enfin, le champ correspond à un développement dans l’espace de l’idée : elle devient concept et de plus, est productrice d’idées neuves à venir, comme le champ produit des céréales variées.

Les idées ne meurent jamais !

Quand un feu jaillit : c’est l’énergie de la pensée, ce « quelque chose » qui est à l’origine de l’idée elle-même.

L’auteur de l’incendie : celui qui a fait se développer cette idée.

Devra payer : en hébreu chalem yéchalem. Ce qui signifie littéralement « compléter il complétera », car tant bien même que l’idée se serait étendue, il lui faudra revenir, et encore revenir sur cette idée, pour la rendre plus belle et plus vraie.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Alexandra bath Sara.  

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vendredi 21 janvier 2011

Paracha Yitro : je suis noire et je suis belle ...

Jérusalem

Dans cette section, nous recevons la Tora... En effet, c’est dans la paracha de Yitro que se dévoilent à nous les 10 Commandements. Peu nombreuses sont les sections de la Tora qui sont appelées du nom d’une personne : Yitro en est une.

Yitro : un parcours exemplaire

Conseiller à la cour de Pharaon, il se retrouve prêtre de Madian, après avoir « essayé » tous les cultes de la planète. Il finit par rejeter l’idolâtrie et se retrouve de facto éjecté de la prêtrise.

Devenu le beau père de Moché rabbénou ’alav hashalom, il reconnaît, après avoir appris les miracles d’Hachem en Égypte, la toute puissance du Créateur. La Tora est notre livre à tous : que pouvons-nous y apprendre ? Les aléas de la vie peuvent nous conduire parfois loin de l’idéal de la Tora. Combien de jeunes juifs, de jeunes juives, se retrouvent à Katmandou, écouter les enseignements de moines tibétains ? Yitro lui aussi avait goûté à toutes ces croyances.

Mais il était un chercheur. Son amour de la Vérité le poussait toujours plus loin, toujours plus profondément aussi.

Yitro : son nom est un message pour nous !

Son nom Yitro se décompose en « yéter vav » , le vav en plus.

La tradition enseigne que la lettre vav est reliée à la réflexion et à la méditation. Ainsi, Yitro ne se contentait pas de l’à-peu-près mais voulait atteindre jusqu’à l’essence même de la croyance.

D’autre part, la lettre vav a la forme d’un canal. C’est par ce canal que l’homme reçoit la lumière.

Quand l’homme laisse pénétrer en lui de fausses idées, il bouche ce canal des perceptions et ainsi se retrouve dans les ténèbres. C’est alors que l’homme doit forcer les portes : ajouter de la sainteté à sa vie quotidienne, se renforcer. Ceci correspond à yéter, le surplus. Ainsi, il forcera le canal à s’ouvrir comme auparavant.

Voir le bien en l’autre !

En apprenant à juger chacun, chacune, du bon côté, on parvient à faire des petits trous dans le « bouchon » qui bloque l’ouverture du canal. Ainsi, la lumière parvient à passer progressivement. Quand quelqu’un me fait de la peine, si je le juge malgré tout du bon côté, je peux ouvrir le canal encore plus, et ainsi faire un plus gros trou. Et si je persévère vraiment, le bouchon finira par lâcher prise.

Vous l’avez compris, le bouchon est le reliquat des ’avéroth, les saletés qui viennent s’accumuler au fond de la rivière et que l’on refait parfois revenir à la surface, troublant notre quiétude, quand on se morfond dans un passé déjà mort et enterré...

Noire mais pourtant belle

« Je suis noire, filles de Jérusalem, car l’éloignement d’Hachem me rend laide. Ah ! J’ai beau rire et plaisanter, pourtant, la joie n’est pas complète, il y manque une pincée de je ne sais quelque chose.. »

Le verset suivant dans le Cantique des cantiques (Cant. 1,6) dit : « ne me craignez pas parce que je suis noire » et Rachi d’expliquer : ce n’est pas de moi - même que je le suis.

Un océan de diamants à perte de vue

Car l’âme d’Israël est d’une grande pureté, aussi belle qu’un diamant étincelant. Je suis noire, mais belle, filles de Jérusalem, car bien que certaines de mes actions me noircissent, je suis malgré tout belle, car au fond de moi se trouve cette lumière, ce cristal qu’aucune faute ne peut altérer. Car n’est-ce pas dans une gangue noire que l’on découvre, ébahi, le plus beau des diamants ?

La Tora : le diamant d’Israël !

On trouve une allusion à tout ceci par ce qui suit : si on ajoute le nombre 10, qui symbolise les 10 Commandements, à la valeur numérique de Yitro (616), on obtient 626. Ce nombre 626 est la somme de 85 et de 541.

Yahalom, le diamant, a la valeur numérique de 85. Israël a la valeur numérique de 541. Ainsi, les 10 Commandements de la Paracha de Yitro sont le diamant d’Israël.

Un potentiel illimité qu’il faut seulement dévoiler

De plus, comme le Zohar l’explique, les personnes les plus éloignées de la Tora possèdent le potentiel de réjouir le Créateur bien plus que le Juste. Car ayant goûtées à la noirceur, elles peuvent après coup vraiment apprécier la beauté.

Et pour finir, une petite histoire

Une petite histoire pour agrémenter, tirée des Contes hassidiques de Martin Buber : « Croisant dans la rue un personnage important qui avait autant de méchanceté que de puissance, le RavRav Lévi Yits'haq de Berditchev, zatsal, alla à lui, le prit au revers de l’habit et lui dit : « Tu me fais envie, monseigneur ; lorsque la téchouva te fera revenir à Hachem, de chacune de tes tâches sortira un rayon de lumière. Ah ! Monseigneur, je suis jaloux de toi et de ton prodigieux éclat ! ».

Ainsi, quand une âme éloignée de sa source revient à son Créateur, elle révèle à toutes et tous la beauté de son propre diamant. Regardez comme je suis belle, filles de Jérusalem ! Il est vrai que j’ai été noire, mais maintenant ...

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Roman ben Danielle.

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vendredi 7 janvier 2011

Paracha Bo : une réflexion sur l'éducation

seder plate

''Tu le raconteras à ton fils et à ton petit fils...'' (Exode, 10:2)

Qui n’a pas été intrigué, depuis son enfance, par ce rite étrange et fascinant ? Des ingrédients spéciaux, un plateau qu’on couvre et qu’on découvre, qu’on retire de la table puis qu’on ramène ?

Un morceau de matsa caché puis dévoilé et consommé en fin de repas... Beaucoup d’interrogations...

L’homme : une drôle de question !

L’éducation dans la Tora commence par le questionnement :

''Ma zé ?'' (''Qu’est-ce que c’est ?'') Nos Sages nous disent que les lettres du mot, Adam, l’homme, ont la même valeur numérique (45), que le mot Ma, (quoi ?). Clin d’oeil pour nous dire que l’homme est avant tout une question. Question très difficile, tellement difficile que de nombreuses lunes sont déjà passées et qu’il y en a encore qui y réfléchissent...

Se questionner pour se construire

Mais l’homme-question se construit lui-même par les interrogations qu’il ose se poser sur le monde environnant et sur lui-même, son monde intérieur, si riche et pourtant si méconnu.

La Tora agit comme miroir du questionnement, tout en donnant un semblant de réponse, qui renvoie et réfléchit une autre question, et encore une autre, à l’infini.

À l’image d’un rayon lumineux qui irait frapper un prisme et qui se réfléchirait, à l’infini.

Il n’existerait alors qu’une seule question, un peu comme la lumière qui contient bien des nuances colorées, les fameuses 7 couleurs de l’arc en ciel.

Une seule question, mais des centaines de nuances...

Et l’éducation dans tout ça ?

En manière d’éducation, il n’existe pas - hélas - de recette miracle. La Tora nous dit simplement d’éduquer l’enfant selon sa voie. La sienne, pas la nôtre. Pas ce que nous imaginons être le meilleur pour lui. Je connais des personnes qui se sont pleinement épanouies dans le domaine de la Tora. La Yéchiva les a aidés à structurer leurs pensées, leur a appris à partager aussi.

Elle leur a permis, pour ceux qui l’ont quittée ensuite, d’affronter la vie en mettant le maximum de chance de leur côté.

Qui va piano va sano

Par contre, d’autres personnes ont eu moins de chance.

Elles n’ont pas supporté le rythme effréné, la force de l’étude quotidienne. Elles auraient pu s’en sortir, si elles avaient eu un enseignement plus adapté, plus sensible à leurs vrais besoins. Car la Tora est le remède de l’âme, mais comme tout remède, il faut faire attention aux quantités. Il y en a qui supportent avec joie, mishnayoth sur mishnayoth, daf sur daf de guémara !

Mais il y en a d’autres qui n’ont pas la même sim’ha et les mêmes capacités dans l’étude.

Gare à la saturation !

Le danger est donc que ces néchamoth finissent par tout rejeter. Comme le dit Chlomo hamélech : « Si tu as trouvé du miel, consomme-en modérément, de peur que ton coeur ne finisse par le rejeter.»

Car quel drame si d’un côté, on assiste à une jeunesse en perdition, à la recherche de repères que la société ambiante est bien incapable de leur transmettre et si de l’autre, des âmes plus fragiles prennent le prétexte de la Yéchiva pour tout rejeter par la suite ! Dans les deux cas, quel héritage leurs enfants de la génération suivante recevront-ils ?

Une marge de manœuvre bien étroite

Il est donc clair qu’il est impossible de brader totalement un enfant et en même temps impossible de le laisser gâcher sa vie dans un laxisme absolu. Dans cette génération proche de la venue du Machia’h, tous les Sages de la génération étant formels, il devient urgent de sensibiliser les parents sur l’importance des valeurs de la Tora, seule garante de la survie d’Israël en golah.

Oui pour l’étude de la Tora !

La Tora, oui ! Mais pas dans l’angoisse !

La Tora, oui ! Mais pas dans la peur !

Réussir à transmettre à ses enfants l’enthousiasme et la sim’ha de la Tora, c’est avoir remporté la moitié de la victoire !

Aux parents qui n’ont pas eu la chance de recevoir une transmission, je leur dit : il n’est pas trop tard !

Chaque juif, chaque juive, a une part dans la Tora.

Et même si le dialogue parent-enfant a été jonché d’incompréhensions et de rancune, il n’est jamais trop tard, pour une fois de plus, recommencer. Commencer une nouvelle fois.

Autour d’une question. Et petit à petit, parvenir à injecter l'émouna et le retour à la Tora.

Tout effort n’est jamais perdu !

Sachez qu’aucun effort n’est vraiment vain.

De toutes nos tentatives, il reste toujours quelque chose. Un petit point lumineux qui brille, et qu’il ne tient qu’à nous de raviver. À ceux qui sont loin de la Tora, je leur dis : rappelez vous de votre Créateur !

Et à ceux qui sont penchés sur leur guémara, du matin au soir, je leur dit : n’oubliez pas vos frères et soeurs dans les ténèbres, qui n’ont pas eu cette chance de se connecter à l’héritage si riche du Sinaï !

Chmouel Darmon

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Alexandre ben Elisa. 

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vendredi 24 décembre 2010

Paracha Chémoth : en route vers l'espoir

HAGGADAH2 - משה בתיבה

Cette section de la Torah débute avec l’asservissement des enfants d’Israël en Égypte. Oppression d’un peuple sur un autre peuple, crainte irrationnelle de l’étranger qui se multiplie et dont on ne peut endiguer le flot démographique.

Crainte des lendemains incertains, « de peur qu’ils ne s’allient à nos ennemis et nous chassent du pays » (Ex. 1,10). L’homme est peut-être allé dans l’espace, mais il n’a pas encore conquis son espace intérieur...

Moïse vs Pharaon

Moïse, élevé à la cour de Pharaon, apprend ses origines et va vers ses frères, partager leurs souffrances.

À bien réfléchir, que manquait-il à Moïse dans les palais égyptiens ? Fils adoptif de la fille du souverain, on imagine aisément que rien ne lui était refusé. Pourtant, il décide de se mettre en danger (Pharaon cherchera même à le tuer ) pour secourir ses frères.

On voit ainsi se dessiner deux types de personnalité distinctes : d’un côté, Pharaon, prototype de tous les dirigeants accrochés au pouvoir, n’hésitant pas à sacrifier des populations entières sur l’autel de ses fantasmes et de l’autre, Moïse, prêt à perdre tous ses avantages et la gloire que l’Égypte aurait pu lui donner.

L’espoir est ailleurs

Pharaon se dit en hébreu : par’oh. Les mêmes lettres de ce nom forment les mots « po r’a »: ici, le mal.

Moïse, en hébreu Moshé, peut s’écrire et se lire : « cham-hé »: là bas (cham) - le , Hachem.

Et c’est tout l’espoir du monde.

Celui qui vit dans un esprit « restreint », vit dans « le ici » et il ne voit que le mal. Ce que j’appelle « mal », c’est l’absence de plaisir que je peux tirer de quelque chose. Si quelque chose ne me procure pas de plaisir, elle me fait « mal » et si mon désir n’est pas comblé, j’ai « mal ».

Souffrances, souffrances … et pourtant

On ne comprend guère pourquoi. On ne peut que constater, qu’ici, c’est le mal. Mais celui qui vit dans un esprit plus large, comprend que ce mal apparent s’inscrit dans un but plus vaste, le , projet d’Hachem pour Sa Création.

Espérer, se dit Kavé, qui peut se décomposer en Kav-Hé, la ligne du . Car il nous faut, en dépit des souffrances de la vie, suivre le . Garder espoir. S’arracher du « ici » pour aller vers « là-bas », vers le , vers l’espoir. Celui qui ne vit que dans le « ici », c’est Pharaon, qui peut aussi s’écrire ‘araph-Hé, c’est à dire décapiter le . Car, incapable de comprendre les réalités éprouvantes du moment, il s’enfonce dans le désespoir.

Moïse : l’homme de la délivrance

Moïse, lui, comprend que la souffrance fait partie du processus. Loin de remettre en cause la direction du monde, il va vers ses frères, leur apporter réconfort, chaleur,... et espoir. Arracher ses frères à la dure réalité du « ici », pour les amener vers « là-bas », vers la promesse. Celle de la Délivrance.

Délivrance d’Israël, délivrance de l’humanité toute entière, notre mission consiste à relever le car le , c’est aussi notre âme, en exil dans le « ici ». Nous pouvons y arriver en se rapprochant d’Hachem de différentes manières : étude de la Torah, prières, 'hessed, tsédaqa,... on se reconnecte à la Source et on renouvelle alors notre néchama, notre âme, en lui redonnant beaucoup d‘espoir.


Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de David ben Sara.

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