jeudi 20 janvier 2011

Tou BiChevat : retrouver nos racines

panier de fruits maison

L'histoire est celle d'un chef d'État étranger que l'ancien premier ministre Ariel Sharon recevait avec tous les honneurs à Jérusalem. Lors d'une visite dans la ville de Tel Aviv, les deux hommes empruntèrent à pied la plus belle avenue de la cité. Celle-ci avait été nettoyée avec la grande attention, des fleurs avaient été plantées... tout avait été prévu pour montrer la plus belle face de l'État hébreu.

Tout, sauf que l'homme d'État étranger interromprait sa promenade pour s'appuyer quelques instants contre un arbre de l'allée centrale. La chaleur était si intense que le pauvre homme avait besoin de souffler quelque peu. Ces arbres avaient un point commun avec les fleurs dont l'odeur flottait dans l'air : eux aussi avaient été plantés seulement quelques jours auparavant. Les ouvriers n'ayant pas eu le temps de faire leur travail d'une façon correcte, ils avaient simplement posé ces arbres sur le sol en recouvrant de terre leurs racines apparentes. En s'appuyant contre l'un d'eux, l'homme politique eut rapidement le dessus... et l'arbre tomba !

Retrouver ses racines

Aujourd'hui, jeudi 20 janvier 2011, nous célébrons la fête de Tou BiChevat, le nouvel an des arbres. Même s'il ne s'agit pas d'un jour de fête officiel, la coutume ce jour-là consiste à manger des fruits. Si possible, nous devons consommer les fruits pour lesquels la Terre d'Israël est louée : blé, orge, figues, grenades, raisins, olives et miel de dattes. On peut également ajouter autant de fruits que nous désirons (les fruits secs sont autorisés) et l'objectif est d'atteindre le nombre de quinze différentes sortes de fruits.

Il est écrit dans la Tora (Deutéronome 20:19) que ​“l'homme est un arbre.” À l'image des arbres, nous devons avoir des racines profondes pour affronter les tempêtes de la vie et ses innombrables défis à relever. Pourtant, tout porte à croire que le plus souvent, nous sommes coupés de nos racines ; partant, nous ne devons pas nous étonner si nous avons autant de difficultés à vivre dans la joie et le bonheur qui ne devraient jamais nous quitter.

Aucun arbre ne peut vivre longtemps sans eau. Dans le livre Isaïe (55:1), la Tora est comparée à l'eau. L'équation n'est pas difficile à faire : chaque personne doit s'abreuver à la Tora et dans la mesure où nous sommes comparés à des arbres fruitiers, nous savons que plus la quantité d'eau (de Tora) est grande, plus les arbres fruitiers (notre âme) sont beaux. Ceci est la méthode pour renouer avec nos racines : ouvrir nos Livres saints, étudier et suivre les conseils de la Tora et de nos Sages.

C'est exactement avec cette idée que le Roi David a ouvert ses Psaumes (1:2-3) : “Heureux l'homme (…) qui trouve son plaisir dans la Tora de l'Éternel (…) : il sera comme un arbre planté auprès des cours d'eau qui donne ses fruits en leur saison.” L'âme juive est assoiffée de Tora et c'est aux Sources saintes que nous devons épancher sa soif : les paroles de nos Sages, depuis Moché Rabbénou, jusqu'à ceux de notre génération.

Si jusqu'à aujourd'hui notre chemin a été tortueux et que nous sommes allés plus d'une fois sur des terres où l'eau potable manquait, Rabbi Na'hman de Breslev nous a rassurés : même si nos branches possèdent des feuilles qui ont blanchies, des fruits qui ont pourris ou d'autres sortes de défauts, chaque personne conserve son statut d'Arbre saint. Il nous suffit de vouloir retourner à la Source sainte pour redonner un aspect plus présentable à l'arbre.

Puisse la fête de Tou BiChevat être un nouvel an chargé de sens pour chaque arbre, c'est-à-dire pour chaque âme. Puissions-nous décider de nous éloigner des sources d'eau turpide et des eaux d'égouts. Même si nous sommes encore loin de pouvoir nous abreuver tout le temps d'une eau pure et limpide, c'est le cœur rempli de joie que nous devons déclarer à Hachem notre nouvelle résolution de nous rapprocher de Lui.

Ce Dvar Tora est dédié à la guérison de Yael bath Stéphanie.

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lundi 29 janvier 1990

Usages et traditions de Tou Bi-Chvat

Rav Ovadia Yossef, chelita

Il est interdit de jeûner le jour de Tou Bi-Chvat. Certains ont l’habitude d’organiser un « Limoud » (un petit programme d’étude en rapport avec les fruits) le soir de Tou Bi-Chvat. Ce Limoud est composé de passages de la Michna et du Zohar Ha-Kadoch, qui traitent de chaque fruit. Le Gaon Rabbi Ya’akov RAKAH’ zatsal publia un livre du nom de Péri ‘Ets Hadar spécialement prévu pour ce Seder. Notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Chlita écrit que l’essentiel est de lire ces passages d’étude en les comprenant, et non en se contentant de les lire sans aucune compréhension.

Il faut particulièrement étudier ce jour-là, les Halah’ot relatives aux divers prélèvements que l’on doit effectuer sur les fruits, selon la Halah’a, comme le Ma’asser pour des fruits importés d’Israël, ou bien des fruits ‘Orla pour des arbres qui n’ont pas atteint la 4ème année depuis leur plantation. Mais le plus important, c’est d’étudier des choses que l’on comprend, et non pas d’effectuer une lecture superficielle, car lire sans comprendre ne s’appelle pas étudier. Il n’y a que la lecture du Zohar Ha-Kadoch qui est considérée comme une étude même en absence de compréhension.

Nous avons la tradition de consommer toutes sortes de fruits le soir de Tou Bi-Chvat, afin de montrer que ce jour est le Roch Ha-Chana des arbres, en récitant la bénédiction propre à chaque fruit. Cette belle tradition est mentionnée dans les enseignements de plusieurs Kabbalistes. Cette année (5770), Tou Bi-Chvat tombe un Chabbat (celui qui arrive). Certains ont l’usage d’apporter les fruits à table immédiatement après le Kiddouch afin de réciter les bénédictions avant de procéder à la Nétilatt Yadaïm du repas.

Cependant, selon notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Chlita, cet usage est discutable, car les décisionnaires sont en discussion si dans un tel cas on doit réciter la bénédiction finale sur ces fruits, ou bien le Birkatt Ha-Mazone les acquitte. C’est pourquoi il est préférable Léh’atéh’ila (à priori) des les apporter à table avant de réciter le Birkatt Ha-Mazone de sorte que le Birkatt Ha-Mazone les acquittera de façon certaine.

Malgré tout, si on a déjà récité le Birkatt Ha-Mazone et qu’on apporte ensuite les fruits, on peut réciter leurs bénédictions. Mais Léh’atéh’ila (a priori), il ne faut pas attendre d’avoir récité le Birkatt Ha-Mazone pour apporter les fruits à table, car dans ce cas il faut réciter la bénédiction finale après avoir consommé les fruits, ce qui provoque inutilement la récitation d’une bénédiction, puisqu’on aurait pu les consommer avant le Birkatt Ha-Mazone qui les aurait acquitter de bénédiction finale.

Lorsqu’on consomme des olives en conserve pendant le repas, il n’est pas souhaitable de réciter Boré Péri Ha-‘Ets sur ces olives, il faut prendre un autre fruit pour réciter cette bénédiction. Les fruits susceptibles de contenir des vers doivent être ouverts et vérifiés minutieusement avant de réciter la bénédiction.

Il faut être très vigilant sur la vérification des fruits susceptibles de contenir de vers, car la consommation du moindre ver représente une faute gravissime selon la Torah, puisque la Guémara dans Péssah’im (24a) nous enseigne que l’on transgresse 5 interdits de la Torah par ver consommé. Qui plus est, la consommation de vers (même par inadvertance) provoque une souillure de l’âme et l’intrusion de l’impureté dans le cœur de l’homme, qui entraînera un éloignement de la pratique des Mitsvott.

Le très célèbre auteur du Péri H’adach (Rabbi H’izkiyahou DA SILVA zatsal) faisait remarquer de son temps que la plupart des orateurs ne développent dans leurs enseignements, que des sujets allégoriques, ou éthiques à partir d’interprétations du texte de la Torah, mais ne guident pas le peuple sur la vigilance qu’il faut avoir envers la consommation de vers, dont la gravité est très importante, et dont les Halah’ot sont très complexes.

Il faut particulièrement faire attention aux vers qui se trouvent dans les fruits secs que l’on trouve à cette période de Tou Bi-Chvat, comme les figues ou les dattes. Nous savons parfaitement que ces fruits secs sont fortement susceptibles de contenir des vers, et que leur vérification est assez difficile à réaliser. Il y eut même des Sages qui décrétèrent l’interdiction de la consommation de ces fruits, à cause de la complexité de leur vérification.

Par conséquent, il est recommandé de redoubler de vigilance sur ce point, chacun selon ses possibilités et selon la présomption de présence de vers dans les fruits. « Celui qui met en garde ainsi que celui qui sait être vigilant résidera dans une paix aussi fluide que la coulée d’un fleuve » (Langage emprunté au livre de Michlé). Si l’on consomme un nouveau fruit (c'est-à-dire que l’on n’a pas encore consommé durant cette saison), on doit réciter également la bénédiction de Chéhéh’éyanou sur ce fruit.

Selon l’usage des Séfarades, on récite d’abord la bénédiction propre au fruit, et ensuite la bénédiction de Chéhéh’éyanou, selon le principe de Tadir Vé-Chééno Tadir, Tadir Kodem (lorsque se présentent simultanément 2 Mitsvott, l’une plus fréquente que l’autre, la priorité est à la plus fréquente), puisqu’il est plus fréquent de réciter la bénédiction du fruit que la bénédiction de Chéhéh’éyanou.

S’il y a plusieurs fruits nouveaux, on récite une seule bénédiction de Chéhéh’éyanou pour tous les fruits nouveaux, à condition qu’ils soient tous présents lors de la bénédiction de Chéhéh’éyanou. (Halacha Yomit)

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samedi 27 janvier 1990

Quel est le sens de Tou Bi-chvat

Rav Ovadia Yossef, chelita

La Guémara Roch Ha-Chana (2a) nous enseigne : Tou Bi-Chvat est le Roch Ha-Chana des arbres. Certains font l’erreur de croire qu’au même titre que tout l’univers est jugé le jour de Roch Ha-Chana (1er Tichré) pour déterminer qui vivra et qui ne vivra pas, qui sera riche et qui ne le sera pas, etc…, de même le jour de Tou Bi-Chvat est déterminé l’avenir des fruits pour cette année.

Ceci est faux. En effet, notre maître le Rav Ovadia YOSSEF Chlita écrit que le jour de Tou Bi-Chvat, aucun fruit n’est jugé. C’est également l’opinion du Gaon Rabbi Avraham H’aïm Naé zatsal (Rav du quartier de Bouh’arim – Jérusalem, il y a environ 50 ans, et auteur du Kétsot Ha-Choulh’an). Il écrit que les gens du peuple font l’erreur de croire que le jour de Tou Bi-Chvat étant qualifié de Roch Ha-Chana des arbres, c’est donc ce jour-là que les fruits sont jugés. C’est faut puisqu’il est enseigné dans une Michna de Roch Ha-Chana (16a) que c’est le jour de Chavou’ot que les fruits sont jugés.

Mais il semble que la raison pour laquelle le jour de Tou Bi-Chvat est fixé comme étant le Roch Ha-Chana des arbres, réside dans le fait qu’à ce moment-là, la majeure partie des pluies est tombée, comme on nous l’enseigne dans la Guémara Roch Ha-Chana (12a). Rachi explique sur place qu’à la date de Tou Bi-Chvat, une grande quantité de pluie est déjà tombée sur le monde et la sève monte à ce moment-là dans les arbres.

C’est à ce moment que les fruits ont passé la plus importante étape de leur pousse. Cependant, la date de Tou Bi-Chvat représente une étape Halah’ique importante sur bien des domaines, comme les prélèvements (Ma’asser) sur les fruits qui ont poussé en Israël, ainsi que pour l’interdit de ‘Orla.

Nous allons simplement à titre d’exemple, expliquer le Din de ‘Orla. Il est écrit dans la Torah (Vayikra 19-23) : « Lorsque vous arriverez en Israël, vous planterez toute sorte d’arbres fruitiers… Durant 3 années, les fruits de ces arbres seront retranchés pour vous, vous ne pourrez pas en consommer ».Nos maîtres expliquent ce verset en disant qu’il faut compter ces 3 années depuis la plantation de l’arbre. Ce n’est qu’au bout de ces 3 années que les fruits seront permis à la consommation.

Par contre, les fruits qui poussent dans l’arbre pendant les 3 années sont interdits au profit, à tout jamais. Mais attention !! Ces 3 années ne se comptent pas de façon ordinaire, mais seulement selon le changement d’année du calendrier.

Ex : Je plante un arbre le 16 du mois d’Av de l’année 5761. Il me reste encore 44 jours jusqu’à Roch Ha-Chana de l’année 5762. Ces 44 jours comptent comme ci c’est écoulé une année entière depuis la plantation de mon arbre. En effet, 30 jours dans une année comptent comme une année. Il faut ajouter 14 jours pour que la plantation de l’arbre puisse prendre solidement racine dans la terre.

Par conséquent, si 44 jours se sont écoulés dans la 1ère année de la plantation de l’arbre, on considère qu’une année entière s’est écoulée. Il ne reste donc qu’à ajouter 2 autres années complètes, pour que les fruits deviennent permis à la consommation. C'est-à-dire, selon notre exemple, toute l’année 5762 et toute l’année 5763. En 5764, les fruits deviennent permis à la consommation.

Cependant, il y a Tou Bi-Chvat qui est le Roch Ha-Chana des arbres, et par conséquent, même en 5764, les fruits qui se trouvent encore sur l’arbre jusqu’à Tou Bi-Chvat 5764, restent encore interdits jusqu’à Tou Bichvat. Par contre, les fruits qui poussent dans l’arbre après Tou Bi-Chvat 5764, sont permis à la consommation, sans même prélever le Ma’asser. Cependant ces fruits qui sont maintenant permis à la consommation après les 3 années écoulées, doivent d’abord passer une dernière étape : On doit « racheter » leur sainteté sur la plus petite pièce de la monnaie courante (1 centime d’Euro pour l’Europe, et 5 Agourott pour Israël).

Avant de procéder à ce « rachat », on doit réciter une bénédiction : Barouh’ Ata A-D-O-N-A-Ï Elohenou Meleh’ Ha-’Olam Acher Kiddechanou Bemitsvotav Vetsivanou ‘Al Pidyonn (Neta’) Réva’i. Traduction : Tu es Bénis Hachem (Tu es la source de la Bénédiction) Notre D., Roi du Monde, qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné le rachat (du produit) de la 4ème année.

Ensuite, nous prenons la pièce de monnaie et nous déclarons : « Toute la sainteté de ces fruits, plus 1/5ème, sont rachetés sur cette pièce de monnaie ». Il est bon de répéter cette déclaration, 3 fois de suite. Les fruits de la 4ème année sont maintenant permis à la consommation.

Malgré le fait que l’avenir des arbres n’est pas décidé le jour de Tou Bi-Chvat, comme nous l’avons expliqué, notre maître Rabbi Yossef H’AÏM de Bagdad zatsal, l’auteur du Ben Ich H’aï, écrit qu’il est une tradition transmise parmi les sages Achkénazes de prier le jour de Tou Bi-Chvat, afin d’obtenir un bon Etrog pour la prochaine fête de Souccot. (Halacha Yomit)

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